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Actualités - Opinion

E-Mail en circuit fermé A propos de vertigo

Jean-Pierre Goux-Pelletan évoque dans son samedi cinéma le Vertigo de Hitchcock relooké à 1,4 million de $. Et souhaite un courrier à ce sujet. J’ouvrirai le feu roulant (pas toujours, mais on aime se flatter) des questions ignares bien volontiers: cela nous changera pour une fois, vous et moi, des Cactus et autres Pan Pan plus souvent cucul qu’à leur tour.
Cette manie nouvelle de la restauration, pourquoi, pour quoi faire? Pour faire des sous, pour des raisons commerciales, avouent les coupables en se mettant à table: il y a trop de demande pour le visuel, disent-ils, et il faut assumer avec les fonds de tiroir. Avec la bonne excuse qu’on va faire découvrir aux nouvelles générations des produits de qualité voire (c’est à voir) des «chefs-d’œuvre».
En est-on bien sûr? Les choix jusque là paraissent aussi douteux que périmés. Ainsi le top du top qu’on cite en exemple, le lifting phare complété de complétude, c’est-à-dire de la réinjection de passages coupés au départ, c’est le Lawrence d’Arabie de David Lean. Puis il y a eu le Spartacus de Kubrick je crois et maintenant ce Vertigo, revu en corrigé à la télé britannique. Pour des scrutateurs avertis, c’est probablement exaltant. Pour le public moyen (le trop de demande, c’est nous après tout) tout cela n’a pas beaucoup de sens ou d’intérêt. Pour qu’on se laisse embobiner puis rembobiner, il faut un scénario de bronze et où c’est qu’il est, j’vous demande, côté Venise sauvée des eaux...
Je suis brouillon, je m’embrouille? C’est le propre de l’authentique animal béat strapontinisé: Il ne connaît ni cohérence ni pensée unique, la technique et les messages profonds lui passent au-dessus de la tête, le pulsent moins que l’émotion brute. On dira qu’ils y mènent. C’est rare, et je pense que généralement l’art, comme on dit, débouche bien plus sur l’admiration froide que sur le partage de midi.
Et on conclura que lorsque l’avis du spectateur beauf se résume par un bof, les initiés devraient songer à réviser leurs critères de classification.
Vertigo, par exemple. Vous lui ôtez le charme vénéneux de Kim Novak (imaginez que l’insipide Vera Miles qui devait tenir le rôle ne fût pas tombée enceinte...) qu’est-ce qu’il en reste? Une histoire tordue, fabriquée, c’est bien le mot, par Boileau Narcejac, dans l’esprit «cérébral» perverti, alors à la mode, découlant d’une fascination tout à fait anachronique pour un Edgar Allen Poe d’ailleurs mal compris... Une musique atroce et, comble de la fantaisie hitchockienne, des décors qui font affreusement moins vrai que nature, avec une même pleine lune au-dessus de la mer en vagues de soie moirée (procédé que Fellini reprendra dans E La Nave Va) puis au-dessus du beffroi, à six jours d’intervalle! Ce n’est plus du cinéma, c’est de l’Interville...
Truffaut, qui admirait tant Hitchcock, a été légèrement mieux inspiré (pas beaucoup, parce que le polar c’est aujourd’hui seulement qu’on sait comment le dire) avec sa Mariée était en noir, tiré d’un William Irish très fort de café...
Bref, Vertigo c’est Kim Novak, découverte en 55 avec le Picnic de Logan, rien que Kim Novak et ses pommettes steak tartare.
Et tout le reste n’est qu’avatar.
J.I.
Jean-Pierre Goux-Pelletan évoque dans son samedi cinéma le Vertigo de Hitchcock relooké à 1,4 million de $. Et souhaite un courrier à ce sujet. J’ouvrirai le feu roulant (pas toujours, mais on aime se flatter) des questions ignares bien volontiers: cela nous changera pour une fois, vous et moi, des Cactus et autres Pan Pan plus souvent cucul qu’à leur tour.Cette manie nouvelle de la restauration, pourquoi, pour quoi faire? Pour faire des sous, pour des raisons commerciales, avouent les coupables en se mettant à table: il y a trop de demande pour le visuel, disent-ils, et il faut assumer avec les fonds de tiroir. Avec la bonne excuse qu’on va faire découvrir aux nouvelles générations des produits de qualité voire (c’est à voir) des «chefs-d’œuvre».En est-on bien sûr? Les choix jusque là paraissent aussi douteux...