Ce lundi là, le Dow Jones, indicateur des valeurs vedettes de Wall Street, perdait 22,62% soit 508 points, pour clôturer à 1.738,41. Il ne retrouvera ses plus hauts niveaux de 1987 qu’à la fin janvier 1989.
Dix ans plus tard, le Dow Jones se situe autour des 8.000 points et offre aux investisseurs depuis le début de l’année des rendements de l’ordre de 25%. Par rapport à son niveau de 780 points à la mi-1982, la tendance sur 15 ans est restée résolument à la hausse.
La correction d’octobre 1987 a laissé de mauvais souvenirs. Elle est souvent évoquée pour rappeler aux investisseurs que la bourse reste un placement aléatoire et chaque hoquet de Wall Street suscite des comparaisons pessimistes. La grande volatilité du marché depuis le début de l’année, la plus forte depuis 1987, renforce ces inquiétudes.
Une réflexion, fin 1996, du président de la Réserve fédérale américaine, Alan Greenspan, sur «l’exubérance irrationnelle des marchés» a réveillé des mauvais souvenirs mais n’a pas empêché le Dow Jones de franchir en février la barre des 7.000 points, puis en juillet celle des 8.000.
La bourse est devenue un choix privilégié pour le placement de l’épargne. Les placements des ménages en actions dépassaient 4.300 milliards de dollars en 1995 pour 1.500 milliards en 1986. Ceux dans les fonds communs de placement en actions 1.300 milliards de dollars en 1995 pour 350 milliards en 1986, selon des statistiques de la Fed.
Les fonds communs en actions ont explosé ces dix dernières années et gèrent maintenant 2.300 milliards de dollars pour 162 milliards de dollars en 1986.
Véritable aubaine pour les sociétés qui trouvent sur le marché boursier des moyens de financement sans cesse accrus, le poids de ces fonds pourrait aussi emballer une tendance à la baisse.
Depuis 1987, Wall Street s’est dotée de moyens pour freiner les transactions en cas de variations trop importantes du marché.
Une étude de la Banque fédérale de New York sur les corrections boursières d’octobre 1987, octobre 1989, février et novembre 1994 montre que les retraits des fonds de placement sont restés mesurés et ont été surcompensés dès le mois suivant la baisse.
La plus grande menace pour Wall Street est une éventuelle reprise de l’inflation provoquée par la forte croissance de l’économie américaine.
L’été dernier, qui a vu le Dow Jones établir un record historique à 8.259,31 points, près de cinq fois son niveau du 19 octobre 1987, a été marqué par une forte volatilité au gré de la publication des statistiques sur l’inflation, la croissance et le chômage.
En l’absence de signes perceptibles d’inflation, Abby Joseph Cohen, l’une des «oracles» les plus écoutés de Wall Street — elle a été l’une des rares à pressentir la correction d’octobre 1987 et la tendance haussière qui a suivi — prévoit un Dow Jones à 8.250 points à la fin de l’année.
Un tel niveau témoignerait d’une croissance quasi nulle de la bourse au second semestre mais d’une hausse de 28% depuis le 31 décembre 1996.
Même la crise sur les marchés financiers asiatiques n’a pas ébranlé Wall Street, entraînant plutôt un regain d’intérêt pour les titres américains à faible capitalisation boursière et à fort potentiel de croissance.
«Les investisseurs américains sont maintenant un peu réticents à investir sur les marchés émergents, comme en Asie. S’ils ne peuvent améliorer leur portefeuille en achetant sur les marchés émergents, ils peuvent le faire en achetant les sociétés émergentes sur leur propre marché», souligne Mme Cohen. (AFP)


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