S’ils soulignent la part de bluff qui entre dans ces déclarations, les analystes et hommes politiques saluent la maestria de cet homme de 66 ans, à nouveau ancré sur le devant de la scène un an après avoir risqué sa vie sur une table d’opération.
Boris Eltsine ne s’est vraiment remis qu’en février dernier de ses ennuis cardiaques qui l’avaient obligé à subir un quintuple pontage coronarien le 5 novembre 1996 et à abandonner de facto la conduite de l’Etat.
Mais c’est avec ses réflexes retrouvés de boxeur que le président russe a asséné coup sur coup cette semaine à la Douma à majorité communiste, qui paraissait plutôt sonnée vendredi.
Le président russe a agité à deux reprises la menace d’une dissolution de la Chambre basse du Parlement, et il s’est adressé à la nation pour dénoncer ce qu’il estime être «l’irresponsabilité» parlementaire.
«La patience de la population, la patience du président a des limites», a déclaré M. Eltsine dans cette allocution diffusée sans cesse vendredi par les télévisions.
Le chef d’Etat reproche à la Douma de s’opposer à la vente libre de la terre, et de s’apprêter à rejeter un budget 98 de relative rigueur ainsi qu’un code fiscal plus clément envers les entreprises.
Comme pour accroître la pression, M. Eltsine a choisi de lancer cette offensive le jour anniversaire de l’assaut militaire qu’il avait ordonné le 3 octobre 1993 contre le précédent Parlement, pour mettre un terme à un conflit politique qui avait dégénéré en combats de rue.
Jeu politique
Le chef de l’opposition communiste Guennadi Ziouganov s’est déclaré «choqué» de cette coïncidence, mais il a assuré que «les députés avaient des nerfs d’acier» leur permettant de résister au feu présidentiel.
Car M. Eltsine cherche surtout à pousser l’opposition à la faute: il ne peut constitutionnellement dissoudre la Douma que dans deux hypothèses dont aucune n’est aujourd’hui d’actualité — rejet par les députés du choix du premier ministre, ou vote de défiance renouvelé au moins une fois dans un délai de deux mois —.
«Il entre là un jeu politique certain: la majorité communiste est assez sensible à ces menaces, et M. Eltsine peut espérer qu’elle collaborera désormais plus volontiers avec le pouvoir exécutif», analyse Féodor Cheilov-Kovedaïev, un responsable du parti réformateur Choix de la Russie.
M. Eltsine a également pris certaines libertés avec la Constitution en jouant avec l’idée d’un troisième mandat.
Interrogé jeudi sur ses intentions, le président russe a répondu avec malice: «Il reste encore trois ans, pourquoi si tôt me bousculer?».
La Constitution interdit à un président de briguer trois mandats consécutifs. M. Eltsine, élu en 1991 et réélu en 1996, pourrait cependant faire valoir que son premier mandat ne compte pas, puisqu’il a été entamé avant l’adoption de la Loi fondamentale en 1993.
Il n’en a pas fallu plus pour que certains quotidiens, comme Nezavissimaïa Gazeta, entament une sorte de pré-campagne présidentielle au profit de l’actuel maître du Kremlin.
«Mieux vaut avoir le Eltsine que nous connaissons — comme nous avons eu auparavant Khrouchtchev, Brejnev, Andropov, Gorbatchev —, avec tous ses défauts, plutôt qu’un nouveau président qui commencera inévitablement par chambouler tout le système d’Etat», plaidait le quotidien. (AFP)


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