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Actualités - Chronologie

Le vieux pont de Mostar sauvé des eaux

Le bloc de calcaire de 30 tonnes est sorti lentement de la Neretva, treuillé par les sapeurs hongrois de la SFOR, sous les cris de joie de la population venue assister à la résurrection du Vieux pont de Mostar.
Agglutinés sur les rives escarpées au-dessus des eaux vert émeraude de la rivière, perchés dans les maisons en ruines de la vieille ville, en grappes émergeant d’un trou d’obus dans un toit ou un mur, ils étaient des milliers lundi à suivre le lent repêchage de cette pierre rectangulaire d’un mètre cube, l’une des pièces de la voûte du fameux Stari Most.
Le Vieux pont, classé par l’UNESCO, avait résisté 427 ans aux assauts, gardé par les Mostari ou Gardiens du pont qui croyaient que sa perte serait celle de leur ville, à laquelle il avait donné son nom.
Pourtant, le 9 novembre 1993, un jour gris et froid qu’a évoqué le président Alija Izetbegovic, l’ouvrage en dos d’âne, ébranlé depuis des mois par l’artillerie des Croates de Bosnie, a fini par s’effondrer.
De cette victime symbolique des 43 mois de guerre entre musulmans et Croates de Bosnie, en 1993 et 1994, il ne reste aujourd’hui que les ouvrages de soutènement et d’accès, murs, escaliers, une tour à moitié détruite par les obus, et de chaque côté l’amorce de l’ancienne arche de ce chef-d’œuvre de l’architecture ottomane du 16e siècle.
Les musulmans de Mostar avaient tenté jusqu’au bout de sauver leur Vieux pont. Les mêmes qui avaient suspendu des vieux pneus à ses flancs pour essayer de le protéger des coups de l’artillerie, se sont levés lundi quand la pierre dégoulinante, noircie par son séjour de quatre ans dans l’eau, a été posée sur la rive par un camion-grue.
Les symboles n’ont pas manqué lors de cette pose de la première pierre à rebours. M. Izetbegovic a donné le ton. Sa voix se réverbérant dans les gorges de la Neretva, le chef de l’Etat a décrit «le symbole du rapprochement des peuples».

Symboles

«C’est un grand moment pour tous ceux qui ont la civilisation dans leur cœur», a ajouté M. Izetbegovic, «la solidarité humaine est beaucoup plus forte que la barbarie».
Au fur et à mesure des discours se sont imposés d’autres symboles, les liens entre la Bosnie et l’étranger — représenté par les hommes de la Force de stabilisation de l’OTAN, maîtres d’œuvre du repêchage des pierres —, mais surtout le pont jeté entre les deux communautés ennemies que sera le Stari Most reconstruit.
Car, tandis que les sapeurs hongrois n’avaient d’yeux que pour leurs pontons, treuils, grues, et la pierre géante qui se balançait, d’autres soldats de l’OTAN, en armes ceux-là, assuraient la sécurité, rappelant que Mostar est loin d’avoir retrouvé la paix.
A quelques mini-enclaves près, la Neretva constitue toujours une frontière entre l’Ouest croate et l’Est musulman, et les haines y sont tenaces, à la mesure des destructions dont virtuellement chaque maison de la ville porte encore les marques.
Il n’est guère de semaine sans violences entre membres des deux communautés, et Mostar tout entier est aussi un autre symbole: celui des difficultés sur le chemin de la paix en Bosnie.
La reconstruction du pont se fera à l’unisson: lentement. Il faudra, selon la SFOR, au moins six mois pour repêcher toutes les pierres, faire sécher le calcaire poreux sur une plate-forme, expertiser les dégâts causés par la longue immersion et les obus, et trier, en travaillant sur des images d’archives, le puzzle monumental que représente cet ouvrage, à l’origine haut d’une trentaine de mètres et large d’une cinquantaine.
Commencera alors la phase de reconstruction proprement dite, qui pourra prendre des années. Elle pose des problèmes financiers. Aucune estimation du coût et de l’aide promise par l’UNESCO, la Turquie ou l’Aga Khan, n’est encore chiffrée.
Elle pose aussi des problèmes techniques, pour restituer l’ancien — sans, quand même, précisait joliment lundi un expert, avoir recours au mortier original à base de coquilles d’œuf et de crin de cheval. (AFP)
Le bloc de calcaire de 30 tonnes est sorti lentement de la Neretva, treuillé par les sapeurs hongrois de la SFOR, sous les cris de joie de la population venue assister à la résurrection du Vieux pont de Mostar.Agglutinés sur les rives escarpées au-dessus des eaux vert émeraude de la rivière, perchés dans les maisons en ruines de la vieille ville, en grappes émergeant d’un trou d’obus dans un toit ou un mur, ils étaient des milliers lundi à suivre le lent repêchage de cette pierre rectangulaire d’un mètre cube, l’une des pièces de la voûte du fameux Stari Most.Le Vieux pont, classé par l’UNESCO, avait résisté 427 ans aux assauts, gardé par les Mostari ou Gardiens du pont qui croyaient que sa perte serait celle de leur ville, à laquelle il avait donné son nom.Pourtant, le 9 novembre 1993, un jour gris et...