Suite à l’article de Joseph Tarrab du 19 septembre dernier sur la désignation de Rachana «capitale mondiale de la sculpture de plein air», nous recevons du Comité des anciens de l’INSEAD (Institut supérieur européen des affaires) la communication suivante:
«Connaissez-vous la ville de Shediac, monsieur Tarrab? eh bien c’est la capitale mondiale du Homard... la ville de Les Eyzies? c’est la capitale mondiale de la Préhistoire... la ville de Sainte-Agathe-des Monts? c’est la capitale mondiale de la Motoneige... la ville de Balaruc-Le Vieux? c’est la capitale mondiale du Muscat... la ville de Sainte-Anne de la Pérade? c’est la capitale mondiale de la Pêche au Poisson des Chenaux... Savez-vous que la ville de Charleville-Mézières est la capitale mondiale des Marionnettes? que le Leburon est la capitale mondiale des Fruits Confits? et que même Paris se veut tous les deux ans capitale mondiale de l’Automobile, elle qui cherche à être capitale mondiale de la Figurine?!
Pensez-vous un instant que les habitants de ces villes que nous venons de vous citer (nous tenons à votre disposition une liste de plus de cent villes, capitale mondiale de quelque chose...) ont attendu l’Unesco (de Paris s’il vous plaît) pour pouvoir se qualifier de capitale mondiale...?! La réponse est non, et l’explication? Une leçon de marketing (élémentaire bien sûr) pour vous...
Le «positioning» commence par un produit. Une pièce de marchandise, un service, une société, une personne, une ville... Le positioning n’est pas ce que vous faites du produit lui-même, mais ce que vous faites de l’esprit et de l’imagination du client. Donc vous devez positionner le produit dans l’esprit du client. Ainsi dans notre cas, if fallait «chercher le créneau», donc le poste non occupé et le remplir; et comme il n’y avait pas de capitale mondiale de sculpture de plein air, les gens se souviendront de la première et Rachana finira par être identifiée comme telle...
Mais l’INSEAD dans tout cela... eh bien notre but était noble
1. Faire connaître Rachana aux Libanais (croyez-nous, très peu de Libanais ont visité ce magnifique village)
2. Promouvoir des villages libanais encore préservés
3. Inciter d’autres organisations à s’occuper des sites et du patrimoine libanais
4. Lever des fonds pour Rachana (nous avons pu collecter quelques dizaines de milliers de dollars)
5. Instituer la Fondation Rachana
Pour finir, nous espérons pouvoir identifier, dans les années qui viennent, des dizaines de villages afin de les baptiser «capitale mondiale» (ou bien «universelle» si le mot «mondiale» vous dérange».
Si l’on voulait ridiculiser Rachana pour de bon, on n’aurait pas mieux trouvé que ce déluge de titres folkloriques dérisoires. Voilà ce qu’on appelle la dépréciation par l’inflation: plus de cent «capitales mondiales» de «quelque chose»!
Ainsi, dans l’esprit du comité de l’INSEAD, Rachana n’est qu’un «produit» produisant «quelque chose» qui ne vaut apparemment pas plus que du homard et des fruits confits.
Les Basbous doivent se frotter les mains de voir leur art aller désormais de pair avec les marionnettes et les figurines, et Rachana partager un titre tellement démonétisé par prolifération qu’il ne vaut strictement rien, de l’aveu même des anciens de l’INSEAD, avec ou sans la bénédiction de l’Unesco, pourtant invoquée par eux.
Si le marketing équivaut à jeter de la poudre aux yeux, pour ne pas dire plus (c’est bien cela la «leçon élémentaire», si je ne m’abuse), eh bien, bonjour le marketing et bonsoir Rachana!
Qui disait: «Mon Dieu protégez-moi de mes amis, mes ennemis je m’en charge»? Surtout si ces amis sont animés d’un tel excès de zèle et de naïveté bien intentionnée.
Les cinq objectifs du comité de l’INSEAD sont effectivement très nobles et nous les soutenons, mais ses méthodes laissent pour le moins à désirer. Et s’il cherchait, pour se «positionner», le «créneau» de la rigueur pour être pris au sérieux?
Joseph TARRAB

