La culture sur brûlis, qui consiste chaque année à la fin de la saison sèche à dégager par le feu dans la forêt tropicale une clairière permettant deux ou trois récoltes de céréales, fait partie intégrante du mode de subsistance des populations isolées, comme celles de Bornéo, de Sumatra ou de Nouvelle-Guinée.
Tant qu’il est pratiqué selon des traditions ancestrales et à l’échelle réduite des populations autochtones, ce système permet une exploitation rationnelle des ressources naturelles tout en respectant et préservant l’environnement, s’accordent à dire anthropologues et écologistes.
Il est en revanche dangereux lorsque la population est brutalement augmentée par des transferts massifs, comme en Indonésie, et il devient potentiellement catastrophique, comme on le voit cette année, lorsqu’il est systématiquement utilisé par les grandes sociétés d’exploitation forestière.
Les systèmes traditionnels d’exploitation sur brûlis concernent de faibles superficies — 2 à 3 hectares. Le plus souvent, comme dans le nord de Sumatra, ils suivent des règles de cultures alternées qui s’étendent souvent sur des dizaines d’années, voire plusieurs générations.
En revanche, les superficies concernées par la «transmigration», nom donné à la politique officielle de Djakarta consistant à déplacer massivement la population notamment de Java surpeuplée vers les îles périphériques, se comptent en milliers d’hectares, quand ce n’est pas en million.
Les sociétés d’exploitation forestières, dont les concessions atteignent en moyenne 200.000 hectares, sont tentées d’utiliser le feu pour dégager les forêts dont les arbres de valeur commerciale ont déjà été coupés.
Ce système de nettoyage est le plus rapide et le moins coûteux, les alternatives étant le défrichage, mécanique ou manuel, ou l’épandage de produits chimiques.
Feu interdit
Mais le recours au feu est en principe strictement interdit aux grandes sociétés et celles-ci, pour la plupart contrôlées ou appartenant à des personnalités politiques ou des proches du président Suharto, affirmaient jusqu’à cette année n’être pour rien dans ces incendies saisonniers.
Leurs démentis et accusations rituellement portées contre les populations isolées et leur culture sur brûlis sont plus difficiles à répéter depuis que l’on dispose des preuves fournies par les systèmes modernes d’exploitation des photos satellitaires.
Le problème a pris cette année une ampleur particulière en raison de la sécheresse: les pluies, seul véritable moyen d’éteindre les incendies, ne sont pas au rendez-vous, la sécheresse étant la pire depuis cinquante ans, selon les météorologues indonésiens.
Les superficies concernées ont également augmenté: dans le centre du Kalimantan (partie indonésienne de l’île de Bornéo) les autorités ont entrepris de dégager un million d’hectares pour installer plus de 60.000 familles venues de Java.
Un certain nombre de dispositions législatives et réglementaires ont aussi rendu plus facile et plus rentable l’établissement de plantations de palmiers à huile et de forêts industrielles.
Ces entreprises — qui ont souvent accès à l’aide internationale, notamment du Canada et de la Finlande — réalisent un double bénéfice, celui provenant de la vente des bois tropicaux, puis de celle de l’huile de palme ou des arbres à pousse rapide destinés à la pâte à papier. (AFP)


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