L’économie de Kaboul ne peut offrir, un an après l’arrivée au pouvoir des Taliban, qu’un spectacle pathétique de mendiants chaque jour plus nombreux.
Selon les experts, la poursuite de la guerre entre les factions après dix-sept ans de destructions et l’absence d’un gouvernement reconnu par la communauté internationale sont autant de facteurs qui découragent les investissements étrangers pourtant si désespérément nécessaires.
«L’économie ne peut guérir alors que 95 pour cent de ses infrastructures ont été détruites en deux décennies de combats ininterrompus», estime Mohamed Alam Eshaqzai, un professeur de l’Université des sciences de Kaboul.
«L’inflation, le chômage, une économie importante et l’indifférence de la communauté internationale n’ont fait qu’accroître le nombre de mendiants dans les rues», explique l’universitaire, l’un des rares à être restés dans la capitale afghane et qui déplore le manque de plus en plus grand d’investissements étrangers.
L’Afghanistan, l’un des pays les plus pauvres du monde, même avant l’invasion soviétique de 1979, demeure toujours divisé entre différentes factions. Mais, en dépit du fait qu’ils contrôlent plus des deux tiers du pays, les Taliban ont seulement été reconnus par trois pays: le Pakistan, l’Arabie Séoudite et les Emirats arabes unis.
Les Taliban, les «étudiants en théologie» qui ont pris le contrôle de Kaboul le 27 septembre 1996, combattent toujours les forces de l’opposition à 25 kilomètres au nord de la ville en ruines.
De ces décombres surgissent des êtres dans la situation la plus désespérée qui soit: femmes, enfants, vieillards sans ressources côtoient dans la misère des fonctionnaires sous-payés, ou qui n’ont pas reçu leurs émoluments depuis des mois.
Dégradation
Un expert occidental admet que la situation économique a empiré l’année passée, mais il souligne que les Taliban ne peuvent en être tenus pour uniques responsables.
«Ils ne sont pas responsables d’une dégradation particulière de la situation économique», souligne Kees Rietveld, chargé de la distribution de l’aide de l’Union européenne à l’Afghanistan, d’un montant de 45 millions de dollars chaque année.
«C’est simplement un processus de dégradation qui a commencé bien avant les Taliban et qui se poursuit», ajoute-t-il.
Selon lui, les prix des denrées périssables ont augmenté de 200% depuis l’arrivée des Taliban alors que les salaires des fonctionnaires sont restés à leur niveau antérieur et plafonnent à sept dollars par mois.
Or, estime-t-il, une famille moyenne de six personnes a besoin de 50 dollars, rien que pour vivre de pain et de thé.
De plus, poursuit Rietveld, près de 30% des fonctionnaires ont été démis de leurs fonctions l’année dernière, exacerbant d’autant la pauvreté.
Poussés par leur interprétation ultra-rigide de la «charia» (les lois coraniques), les Taliban ont interdit le travail des femmes — très nombreuses dans la fonction publique — et chassé les hommes qui ne respectaient pas les codes qu’ils ont imposés, notamment le port obligatoire de la barbe.
Bien que les femmes aient reçu l’assurance que leur salaire continuerait à leur être versé, des mollahs intégristes, préoccupés pour l’instant par la seule conduite des affaires militaires, qu’«Allah pourvoira» à tout semble demeurer la seule vision économique des nouveaux maîtres de Kaboul. (AFP)


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