A propos de politique, une idée qui circula vers la moitié du 19e siècle ne reçut pas non plus de concrétisation, et pour des raisons symétriquement opposées au boycott de la constitution dont nous venons de parler. Il s’agissait d’un «suffrage capacitaire», exigeant de tout électeur une certaine instruction. Idée vomie par la République, en raison des principes que nous savons.
Et les présidents des municipalités? La loi encore en vigueur au Liban leur demande d’être «lettrés», au sens élémentaire: savoir lire et écrire. La campagne en faveur des municipales de 1998, qui a réussi, chercherait à faire voter une loi exigeant que les maires soient pourvus de diplômes. les électeurs n’auraient, eux, aucune contrainte culturelle (la démocratie est sauve).
N’ayant pas d’opinion sur le sujet, je ne peux qu’avoir des souvenirs de «mokhtars», d’édiles locaux et de maires français. Par exemple, un mokhtar de Ras Beyrouth était spécialiste du rajeunissement des âges: une radiographie illustrée par l’os du poignet suffisait pour sortir de chez lui avec cinq ans de moins (objectif mariage, évidemment). Et il savait écrire ses certificats. M. Hervé était charcutier à Saulieu et adjoint au maire de la ville. Son supérieur lui laissait tous les mariages de la cité, car se ceindre de l’écharpe tricolore était pour cet adjoint l’honneur suprême. Il savait lire aux époux les formules habituelles, et signer son nom bien sûr. Il y a aussi des maires normaliens en France, et des mokhtars bacheliers et plus au Liban.
L’opinion courante veut qu’un individu diplômé soit plus efficace qu’un simple lettré. Je ne suis pas certaine que ce soit le cas pour la fonction municipale, car il y a des diplômés qui ne savent même pas comment on irrigue une terre, ou quelles sont les susceptibilités d’un curé de village. Mais nous espérons qu’ils acquerront une certaine compétence. En revanche tout nous prouve que les diplômés ne sont pas moins corruptibles que les élus connaissant l’abécédaire, ni, en un mot, moins malhonnêtes.
La seule certitude reste que les électeurs d’un «diplômé» en ressentiront beaucoup de fierté. «Tale’ men al jama’a» ou bien «Endo al bacalouria» ne sont pas une mince affaire pour un boutiquier de Gemmayzé ou un paysan de Bint Jbeil.
On ne va quand même pas faire un référendum sur la question. d’abord ça porte malheur (De Gaulle en 1969 par exemple). Ensuite, cela requiert une laïcité que seuls des intellectuels pressés prévoient pour demain matin.
N’ayant pas d’opinion sur la question, et sachant que bien des diplômés ne savent pas comment s’irrigue une terre ni quelles sont les susceptibilités des curés de village, restons en dehors du débat pour l’instant. Surtout que, sur un plan moral, les diplômés ne sont pas moins corruptibles que les «lettrés», et vice versa. «Messieurs les députés, vous qui êtes garants du Législatif, tirez les premiers». Vous nous représentez, nous le peuple. Après tout...
Amal NACCACHE


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