Après le rachat de Sidanko, le numéro cinq du pétrole russe, et de 15% de Novolipetsk, le plus important producteur d’acier, la banque a avalé cet été 25% du géant des communications russes Sviazinvest ainsi que 38% de la compagnie Norilsk Nickel, le premier producteur mondial de nickel.
Déjà, elle se lèche les babines à l’approche des privatisations qui se profilent: Rosneft, une des dix plus importantes compagnies pétrolières russes dont la vente de 92% des actions pourrait commencer cet automne, et 24 autres pour cent de Svyazinvest qui doivent être mis sur le marché début 1998.
«Oneximbank est un empire en formation», commente un banquier occidental à Moscou, qui a vu la banque commerciale créée en 1993 pousser comme un champignon.
«Notre ascension a vraiment commencé en 1995 et elle ne s’est pas encore arrêtée», note avec satisfaction le porte-parole de la banque, Modest Kolerov.
La progression de la jeune banque s’est particulièrement intensifiée ces cinq derniers mois, juste après le départ du gouvernement de son fondateur Vladimir Potanine, qui pendant près de neuf mois a occupé le poste clé de premier vice-premier ministre en charge de l’économie.
Largement soupçonné d’avoir gardé une main active dans sa banque pendant son mandat gouvernemental, le jeune réformateur de 36 ans «a assurément profité des informations cruciales auxquelles il a eu accès», lorsqu’il est revenu en mars à la tête du groupe Onexim qui recouvre la banque et sa jumelle MFK, estime un économiste de la banque anglaise United Bank, Andréï Iachenko.
A l’origine, comme ses consœurs, Oneximbank a profité du capitalisme d’Etat à la russe et elle s’est enrichie en obtenant la gestion très lucrative de l’argent public et des comptes de grandes entreprises, comme le commerçant d’armes Rosvooroujénié.
Mais la banque a récemment rompu les lois tacites d’entente entre les plus grandes banques russes, celles-là même qui ont financé la réélection du président Boris Eltsine.
Depuis, «Oneximbank mène une politique très agressive, proche du capitalisme ultra-libéral, déroutant ses concurrents habitués aux méthodes qu’ils ont eux-mêmes instituées», explique un autre banquier britannique.
«Nous avons gagné Sviazinvest, car nous avons fait l’offre la plus intéressante financièrement» (1,8 milliard de dollars), tranche M. Kolerov.
Les critiques mettent quant à eux en doute la régularité de certains des succès de la banque. Dans le cadre d’une enquête sur les dernières privatisations, la Douma, chambre basse du Parlement, s’interroge ainsi sur l’équité de la vente de Norilsk. Oneximbank a alors remporté un appel d’offres qu’elle a elle-même organisé, en sa qualité de gestionnaire de 38% des actifs du producteur de nickel, un cadeau obtenu en 1995 en échange d’un prêt au gouvernement.
Si son capital reste faible — mille milliards de roubles (172 millions de dollars) et 400 millions de dollars —, Oneximbank a d’autres atouts.
«Cette banque mène une bonne stratégie, elle a le sens de la concurrence et bénéficie d’un président talentueux en la personne de Potanine, proche d’Anatoli Tchoubaïs, le nouvel homme fort du gouvernement, estime M. Iachenko.
La banque a souvent débauché les meilleurs salariés de ses concurrents. Ses quelque 1.000 employés, dont l’âge moyen ne dépasse pas 33 ans, ne comptent pas les heures passées dans l’immense bâtiment austère du nord de Moscou, (siège du groupe Onexim qui recouvre 24 industries ainsi que des participations dans plusieurs journaux dont le tout nouveau quotidien «Rouski Telegraph»).
Enfin, Oneximbank bénéficie d’une indéniable popularité auprès des compagnies étrangères, car «elle est à la fois une banque commerciale, donc indépendante, et elle est en même temps proche du pouvoir, ce qui donne confiance», explique M. Iachenko.
Cela lui a permis, lors du rachat de Sviazinvest, de recevoir, l’appui financier du milliardaire américain George Soros ainsi que de la Deutsche Bank. (AFP)


À Verdun, un « sommet spirituel » pour préserver l’unité nationale... et donner un coup de pouce au pouvoir