Les Drs Saul Puszkin et Britta Ostermeyer de l’Université de Columbia (New York) et un collègue texan n’ont pas hésité à relancer la polémique sur les méfaits de ces prothèses en disséminant leurs observations accusatrices au fil de posters exposés au congrès.
En examinant des femmes qui leur avaient été adressées pour une évaluation de maladie inflammatoire auto-immune avec manifestations neurologiques, les chercheurs ont détecté chez certaines d’entre-elles des anticorps (AC), dénommés anticorps «anticardiolipine», dont la présence, soulignent-ils, est un facteur de «risque accru d’attaques cérébrales, qui peuvent se manifester par un ensemble de symptômes ressemblant à ceux de la sclérose en plaques» (SEP), maladie neurologique capricieuse et invalidante.
Quarante-deux femmes sur 200 avaient de tels anticoprs, en moyenne six ans après la première pose de prothèses mammaires remplies de gel de silicone. 38 d’entre elles, âgées en moyenne de 40 ans, souffraient de troubles neurologiques multiples et quatre de signes mimant une SEP.
Des douleurs musculaires, articulaires, des problèmes de mémoire et de vision, la sécheresse de la bouche et des yeux, l’apparition de rougeurs cutanées et la fatigue sont quelques-uns des symptômes relevés.
Les techniques d’imagerie médicale ont détecté des diminutions de l’irrigation sanguine de certaines régions du cerveau chez 23 de ces patientes et des anomalies à l’électroencéphalogramme (enregistrement de l’activité électrique du cerveau) chez treize d’entre elles.
Anticorps
De surcroît, selon les chercheurs, des biopsies de nerfs de la jambe ont montré des phénomènes de démyélinisation (altération de la gaine protectrice des nerfs qui perturbe la transmission de l’influx nerveux) comme il en existe dans la SEP, chez 25 femmes.
«Ces anticorps (AC anticardiolipine) doivent être ajoutés à la liste des résultats anormaux de laboratoire détectés chez les patientes porteuses de prothèses remplies au gel de silicone et présentant des signes de maladie inflammatoire auto-immune», a souligné le Dr Saul Puszkin.
En trente-cinq ans, quelque deux millions de femmes américaines auraient succombé à la mode des gros seins moulés à coup de prothèses, ainsi qu’environ 150.000 à 200.000 en France.
Aux Etats-Unis comme en France, les prothèses ont été inventées avant l’instauration de procédures modernes d’autorisation de mise sur le marché qui imposent notamment des études d’innocuité avant la commercialisation.
En France, environ 80% des prothèses mammaires sont posées à des fins esthétiques, 20% étant des reconstitutions à la suite de cancers du sein.
Les victimes des prothèses mammaires au silicone, dont le préjudice est plus souvent de nature esthétique à cause des ruptures des coques contenant le silicone, poursuivent aux Etats-Unis la bataille contre les fabricants, avec pour enjeu des milliards de dollars d’indemnisation.
Le syndrome aux implants de silicone, surnommé «Adjuvant Breast Disease», «diffère clairement au niveau clinique et des examens de laboratoire des maladies neurologiques et rhumatologiques idiopathiques (de causes inexpliquées) actuellement connues», relève le Dr Puszkin en indiquant qu’il «connaît des cas similaires dans d’autres pays, par exemple la Grande-Bretagne».
La présentation de ces «résultats préliminaires», en partie publiés dans le journal médical de l’Université du Texas, vise, malgré les controverses et les inévitables contestations, à alerter et susciter l’intérêt des cliniciens et favoriser une recherche sérieuse, conclut le Dr Puszkin. (AFP)


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