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Actualités - Conferences Internationales

L'Asie centrale, à la fois Tchernobyl et Hiroshima

Les médecins et scientifiques centrasiatiques estiment que le calvaire enduré par des milliers de leurs concitoyens après les essais atomiques soviétiques équivaut aux effets cumulés des deux principales catastrophes nucléaires de l’Histoire, Tchernobyl et Hiroshima.

«C’est une tragédie unique, à la fois Tchernobyl et Hiroshima», estime à Almaty Saïm Balmoukhanov, professeur d’oncologie et de radiologie attendu lundi et mardi à Tachkent pour participer à une conférence internationale visant à protéger l’Asie centrale de la dissémination nucléaire et des conséquences des expériences soviétiques.
M. Balmoukhanov étudie les effets des radiations sur la santé humaine depuis 1959 en parcourant le site d’expérimentations nucléaires de Semipalatinsk (nord-est kazakh).
Parmi les scientifiques réunis à Tachkent, on s’accorde à dire que le séminaire doit réserver une large place au souvenir des victimes du nucléaire: 500.000 personnes irradiées sur quatre générations, selon un rapport récemment publié par le journal officiel kazakh.
A Semipalatinsk, un site ultrasecret de l’armée soviétique d’une superficie de 18.500 km2, environ 460 bombes nucléaires explosèrent (dont 116 dans l’atmosphère entre 1949 et 1963) jusqu’en 1989, année de sa fermeture. Une puissance cumulée équivalente à 2.500 fois la bombe d’Hiroshima.
«Les conséquences nuisibles des radiations se ressentent de façon permanente depuis 48 ans», continue M. Balmoukhanov. «A Nagasaki et Hiroshima, des milliers de personnes sont mortes instantanément», dit-il, «mais ici, les bombes ont inscrit une mortalité permanente et incalculable dans notre futur, car les chromosomes sont touchés».

Espérance de
vie: 48 ans

Sur les pourtours directs du site, où vivent encore 50.000 personnes, les barbelés de protection qui ceinturaient le terrain ont été retirés, alors qu’en certains endroits, la radioactivité reste élevée.
Là, aux confins de la Chine et de la Mongolie, les autorités sanitaires continuent de recenser de nombreuses victimes parmi les milliers d’individus irradiés pendant les essais atmosphériques. Selon l’organisation écologique kazakhe Névada-Semipalatinsk, on comptait en 1990 jusqu’à 204 habitants sur 1.000 atteints d’une maladie cancéreuse (contre 157 en 1980).
Selon une étude du centre de convalescence pour enfants de Semipalatinsk, 70% à 80% de la population près de l’ancien polygone a un système immunitaire déficient. Dans certains districts reculés de la région de Semey (nouveau nom kazakh de Semipalatinsk), l’espérance de vie ne dépasse pas 48 ans.
Dans le cimetière de la petite ville de Kaïnar, non loin du polygone, «presque toutes les tombes renferment les corps de personnes mortes entre 20 et 40 ans», a récemment constaté un chercheur occidental ayant requis l’anonymat.
Car, aujourd’hui, ce sont surtout les descendants des irradiés qui voient leur destin inscrit dans leurs gènes. Des études effectuées sur des souris dans des laboratoires au Kazakhstan ont montré qu’après la quatorzième génération, les chromosomes ne sont toujours pas restitués de manière intacte.
A l’époque soviétique, les soldats et les scientifiques ne prenaient guère de précautions pour protéger la population.
Contacté dans la ville de Semipalatinsk vendredi, Qassiem Oussienov, instituteur de 43 ans, se souvient qu’au début des années soixante «les militaires nous ordonnaient de sortir de chez nous pour que les maisons ne nous tombent pas dessus».
Deux heures avant une explosion, les civils étaient entassés dans des tranchées de plein air et «ramenés chez (eux) deux heures après par les soldats équipés de combinaisons», ajoute M. Oussienov. (AFP)
Les médecins et scientifiques centrasiatiques estiment que le calvaire enduré par des milliers de leurs concitoyens après les essais atomiques soviétiques équivaut aux effets cumulés des deux principales catastrophes nucléaires de l’Histoire, Tchernobyl et Hiroshima.«C’est une tragédie unique, à la fois Tchernobyl et Hiroshima», estime à Almaty Saïm Balmoukhanov, professeur d’oncologie et de radiologie attendu lundi et mardi à Tachkent pour participer à une conférence internationale visant à protéger l’Asie centrale de la dissémination nucléaire et des conséquences des expériences soviétiques.M. Balmoukhanov étudie les effets des radiations sur la santé humaine depuis 1959 en parcourant le site d’expérimentations nucléaires de Semipalatinsk (nord-est kazakh).Parmi les scientifiques réunis à...