Pour cette petite ville de Thuringe (60.000 habitants), à peine sortie de 40 ans de torpeur communiste, à 100 km au sud de Leipzig, l’année 1999 s’annonce à la fois comme une chance et comme un défi.
Weimar pourrait ainsi renouer avec un rayonnement exceptionnel, qui lui valut des citoyens aussi prestigieux que Lucas Cranach, Johann Sébastien Bach, les deux maîtres de la littérature allemande Gœthe et Schiller ou encore le compositeur Franz Liszt au 19e siècle.
Le choix de cette perle pour le prochain sommet franco-allemand, qui doit aborder les relations culturelles bilatérales, n’est d’ailleurs pas dû au hasard.
Mais d’ici 1999, Weimar, qui succédera comme capitale culturelle européenne à Paris, Madrid, Thessalonique (1997) ou Stockholm (1998), doit encore faire des efforts considérables pour être à la hauteur de son titre.
Comme la plupart des villes est-allemandes, elle a hérité de la RDA des immeubles délabrés et des infrastructures totalement vétustes. En 1996-97, les pouvoirs publics se sont finalement lancés dans un programme intensif de toilettage et de rénovation.
«Nous sommes en train de tout refaire, les installations de gaz, d’eau… La ville devrait être tranquille pour cent ans», promet le maire, Volkhardt Germer.
Carl August
et Gœthe
Le château du duc Carl August, qui invita Gœthe à Weimar en 1775 et donna à la ville son véritable élan artistique, a disparu derrière des échafaudages, de même que le Théâtre national allemand, où la constitution de la première République allemande fut adoptée en 1919.
Les musées Gœthe et Schiller, conçus du temps de la RDA, sont fermés, pour cause de dépoussiérage. Entre les façades Renaissance et Jugendstil, un centre de congrès est en cours de construction.
Pour faire face à de tels investissements, soit plus de 380 millions de DM (210 millions d’USD), l’Etat fédéral et le Land de Thuringe ont dû voler au secours de la ville, qui coule sous une montagne de dettes après une politique financière désastreuse au lendemain de la réunification.
Outre le défi de l’urbanisme, Weimar va aussi avoir la lourde responsabilité de célébrer plusieurs dates clés en 1999: 250e anniversaire de Gœthe, 80e anniversaire de la République de Weimar, 50e anniversaire de la fondation de la RFA et de la RDA et 10e anniversaire de la réunification.
De nombreuses manifestations (expositions , théâtre, musique…), très sérieuses ou plus inconoclastes, sont prévues, avec Daniel Barenboim, Maurice Béjart, Sting ou Quicy Jones parmi les possibles invités.
«En cette année 1999, il va aussi falloir revenir sur le 20e siècle qui s’achève (…) et sur l’ombre de Buchenwald», le camp de concentration nazi construit juste à côté de Weimar, souligne le commissaire des festivités, Bernd Kauffmann.
Buchenwald et le nazisme seront donc partie intégrante du programme, Weimar ayant aussi été, même si elle préférerait aujourd’hui l’oublier, une place-forte des conservateurs, qui chassèrent l’école du Bauhaus de la ville en 1925, puis des nazis, qui s’emparèrent du symbole de Gœthe.
Pour son programme, M. Kauffmann dispose d’un budget de 48 millions de DM (27 millions d’USD), soit la moitié seulement de celui de Stockholm. Il table donc beaucoup sur le parrainage d’entreprises, comme le groupe japonais Sony.
Sept à neuf millions de visiteurs sont attendus à Weimar en 1999. «J’espère que la ville saura aussi saisir sa chance» pour l’après-1999, note M. Kauffmann. (AFP)


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