Ce séminaire était, comme l’a souligné M. François Bassil, président de l’Association des banques du Liban, «le fruit de la collaboration entre la BEI, la Banque du Liban, BDL, et l’ABL».
On relèvera dans l’intervention du gouverneur de la BDL, M. Riad Salameh, l’annonce de la création éventuelle d’une «société de garantie pour les petits et moyens crédits à l’effet de faciliter l’accès des petites entreprises aux crédits de moyenne et longue durée». M. Salameh a pris soin de souligner au passage que le Liban «reste, malgré tout fermement attaché à une économie ouverte».
Prenant en premier la parole, le gouverneur de la BDL a estimé tout à fait opportun l’organisation de ce séminaire, axé sur les moyens de financer par la BEI les projets du secteur privé au Liban. D’autant plus, a-t-il affirmé, qu’il coïncide avec la «promotion continue par la BDL de nouveaux modes de financement destinés aux entreprises». Et M. Salameh de rappeler le travail effectué au cours des quatre dernières années à l’effet de développer «les marchés de capitaux susceptibles d’assurer un financement adéquat aux PME». «Pour cela, a poursuivi M. Salameh, il a fallu mettre en place les mécanismes permettant à ces entreprises de pouvoir aisément exécuter les règlements des divers montages financiers».
Ainsi, la BDL a-t-elle œuvré à lancer «les chèques codifiés et des transferts électroniques et à l’établissement d’une centrale «Midclear» dont l’objet est de faciliter les dénouements des opérations utilisant divers instruments financiers».
M. Salameh a rappelé, en outre l’émission par la BDL de diverses circulaires réglementant les sociétés financières, la création et la gestion de fonds communs de placement (qui doivent être autorisés par le conseil central de la BDL et dont les opérations sont désormais soumises au contrôle de la commission bancaire), et les intermédiaires financiers, leur imposant notamment un seuil de capitalisation minimal et une éthique dans les relations avec les clients, similaires à ceux ayant cours en Occident.
M. Salameh a également rappelé les efforts de la BDL en vue de développer les marchés des crédits à moyen terme et d’encourager les banques à s’y engager. «Cet engagement, a-t-il expliqué, a pris la forme d’exemption des réserves obligatoires que les banques doivent déposer auprès de la BDL et qui ne produisent pas d’intérêts».
Et de poursuivre: «Le gouvernement a fait voter une loi permettant la bonification des crédits accordés aux secteurs de l’industrie, du tourisme et de l’agriculture à concurrence de 5%. Ces 5% viennent en diminution des intérêts payés par l’entreprise alors que la banque profite également de l’exemption sur les réserves obligatoires. Les prêts jusqu’à un plafond de 2 millions de dollars peuvent profiter de cette bonification».
Des exigences de garantie
décourageantes
De son côté, M. Bassil devait «louer l’initiative heureuse prise par la BEI de ne plus limiter son assistance au secteur public mais aussi de l’étendre au secteur privé».
«La BEI, a-t-il précisé, allouera des capitaux dits à risques à nos banques libanaises. Celles-ci les prêteront à leur tour aux diverses entreprises du pays qui en auront besoin».
Et M. Bassil d’exprimer le souhait que ces «éventuelles facilités de crédit accordées aux banques libanaises, ne soient pas dotées d’exigence de garantie de banques européennes».
«L’intermédiation d’une tierce partie, a expliqué le président de l’ABL, augmentera inutilement le coût de financement». M. Bassil a rappelé que «les contrats de crédit, qui sont au total d’environ 280 millions de dollars, déjà signés entre nos banques et la Société financière internationale (SFI) ne comportaient pas une telle clause, malgré tout, de nombreuses et importantes banques européennes y ont participé sous la direction de la SFI».
Ce fut ensuite au tour de MM. Patrick Walsh et Eric Van Der Elst de la BEI et d’exposer les activités de la BEI au Liban.
Rappelant que la BEI a commencé à opérer au Liban en 1978 en octroyant plusieurs prêts totalisant 40 millions d’écus qui ont servi à financer l’EDL — les centrales électriques de Jiyeh et de Zouk, M. Van Der Elst a noté que la BEI a arrêté ses opérations pendant onze ans, en raison des événements. La reprise de ses opérations au Liban à partir de 1993 s’est traduite par des financements de projets identifiés comme prioritaires et touchant aux domaines de l’eau, de l’énergie et de l’électricité. (VOIR «L’ORIENT-LE JOUR» D’HIER).
Les nouveaux accords signés il y a deux jours entre la BEI et le Liban (CDR) portent à 560 millions de dollars le total des investissements de la banque au Liban depuis 1993.
M. Van Der Elst devait ensuite présenter les modes de financement BEI destinés au secteur privé et distinguer à cet égard entre les prêts directs et les prêts globaux. Il est à souligner à ce propos que la BEI est une banque qui finance des projets et non des entreprises. Ce financement à long terme est toujours limité à 50% de la part de la BEI, l’autre ou les autres partenaires — puisque plusieurs montages sont permis — devant apporter les autres 50% du financement. En ce qui concerne les prêts directs aux entreprises, ils doivent dépasser les 20 millions d’écus. Le financement se fait toujours à la demande du promoteur libanais — et non pas le partenaire européen — les projets sont soumis à l’aval préalable du gouvernement libanais avant la signature des prêts. Les «mérites techniques, financiers et économiques» des projets sont évalués par la BEI, en prenant en compte une «priorité BEI», à savoir l’impact de ces projets sur l’environnement. Idem pour les garanties présentées par le promoteur, et qui sont évaluées par la BEI, les prêts n’étant pas rémunérés en fonction des risques pris par cette banque.
Les prêts globaux sont des lignes de prêts consenties à des intermédiaires financiers (banques et sociétés financières) pour être réinvestis dans des projets trop petits. Le premier type de ces prêts globaux sont les lignes sur capitaux à risque (parce que mettant en jeu des fonds budgétaires communautaires) qui encouragent surtout la prise de participation dans de petites entreprises. Le deuxième type de ces prêts globaux consiste en des prêts des ressources propres de la BEI consentis à des intermédiaires financiers qui les prêtent de leur côté aux entreprises.
M. Van Der Elst devait ensuite examiner les critères de sélection de l’intermédiaire financier (taille, santé financière, capacité d’analyse et d’évaluation du bénéficiaire final, capacité de marketing du produit BEI).
Dans ce sens, il convient de préciser que les prêts BEI «ne sont pas liés» et que, comme l’a affirmé M. Van Der Elst, le volume annuel des prêts BEI est de 23 milliards d’écus.
Dans la terminologie BEI, les garanties directes sont celles de l’Etat ou celles prises auprès de banques cotées «double A». Quant au risque, il est évident qu’il est transféré à l’intermédiaire financier; le risque de la BEI se limite au risque bancaire.
Il convient de rappeler également que dans les annexes du contrat de financement, une clause stipulera que l’écu deviendra euro lorsque l’on passera à la monnaie unique.
Pour conclure, il est à souligner que pratiquement toutes les «initiatives» sont en fait laissées à l’intermédiaire financier, même s’il y a de la part de la BEI un «suivi des bénéficiaires finaux». Cependant, on voit mal comment elle pourrait assurer un véritable suivi alors qu’il n’y a pas une décision d’ouvrir un bureau de représentation de la BEI au Liban.
Laissant ainsi donc le gros de l’initiative aux intermédiaires libanais et eu égard les conditions de garanties exigées, il est à souhaiter que la BEI n’en arrive pas à constituer un nouvel axe de la pratique locale libanaise de «concentration du crédit».
Nayla ABI KARAM


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