Décor: un petit port fluvial de 40.000 habitants dans le Nord-Est de la Bosnie, un pont métallique saboté et rafistolé par l’OTAN qui rejoint la Croatie au-dessus de la Save, des enfilades de maisons en ruines après les sauvages combats de 1992.
Sur la carte, la ligne qui sépare les territoires serbe et croato-musulman écrase Brcko contre le fleuve. Il reste aux Serbes un goulot de 5 km pour assurer la continuité de leur Republika Srpska, divisée, très schématiquement, entre l’Ouest modéré de la présidente Biljana Plavsic et l’Est radical de Radovan Karadzic.
Sur Brcko où leur communauté représentait moins de 20% avant la guerre, les dirigeants serbes sont unanimes et explicites: ils répondront par les armes à toute tentative d’en rendre le contrôle aux musulmans et Croates.
Mme Plavsic, aujourd’hui la favorite de la communauté internationale, déclarait à Noël: «L’armée doit montrer que Brcko est un territoire intouchable et dangereux pour tout ennemi».
En mai, les derniers réfugiés musulmans à avoir osé tenter de venir visiter leur ancienne maison ont bien compris le message, quand ils ont dû s’enfuir sous les jets de pierres, emportant trois blessés.
Musulmans et Croates n’ont pourtant aucune intention de faire définitivement les frais de la purification ethnique à Brcko.
Démission
Symboliquement, le président musulman Alija Izetbegovic a promis cette année qu’il démissionnerait si les Serbes obtenaient satisfaction. D’autres dirigeants musulmans ont envisagé une reconquête militaire.
Ce blocage total, la Commission internationale d’arbitrage sur Brcko l’a reconnu en février, en repoussant au 31 mars 1998 sa décision finale.
Entre-temps, la gestion en est laissée aux occupants, qui y ont installé au fil des mois de nombreux réfugiés pour consolider leur emprise. Les Serbes sont maintenant 30.000, et s’ils peuvent justifier d’une attache quelconque, familiale ou professionnelle, à Brcko, ils pourront voter ce week-end pour les municipales, où ils seront les seuls à faire la queue devant les bureaux de vote.
Pourtant, réfugiés ailleurs en Bosnie, en Croatie et même en Allemagne, d’anciens habitants musulmans et croates voteront aussi pour des conseillers municipaux, même s’ils n’ont aucune chance ne serait-ce que d’approcher leur mairie dans un futur prévisible.
L’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE) chargée des municipales en Bosnie a en effet prévu ce système pour tenir compte des réalités de la partition.
Résultat, si le scrutin lui-même devrait avoir lieu dans le calme, ses résultats pourraient déclencher un cataclysme. Le rapport de force électoral est de 50-50, selon l’analyste indépendant Chris Bennett, de l’International crisis group (ICG).
En février, les troupes de l’OTAN avaient dû boucler les abords de la ville, où 10.000 réfugiés musulmans à bout de patience s’étaient rassemblés, menaçant de rentrer en force dans leurs foyers.
Une victoire serbe pourrait déclencher de nouvelles actions désespérées, souligne-t-on dans les organisations de réfugiés installées à 70 km de là, à Tuzla.
A l’inverse on reconnaît en privé dans l’entourage du superviseur international pour Brcko, Robert Farrand, que faire siéger un conseil municipal à majorité croato-musulmane, dans une ville où il y a dix jours des hordes de Serbes ont fait fuir à coups de pierres et de bâtons soldats et policiers internationaux, poserait quelques problèmes.
Il faudra portant que le conseil municipal élu puisse se réunir effectivement, pour que l’OSCE valide le résultat des élections.
Cette condition, indispensable partout en Bosnie, est essentielle ici. Le représentant de la communauté internationale en Bosnie, Carlos Westendorp, décrivait en juin Brcko comme le vrai test de l’accord de paix signé en 1995 à Dayton: «Brcko c’est Dayton». (AFP)


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