Cent ans après la disparition des derniers qwaggas, le but recherché est d’obtenir un quadrupède morphologiquement semblable au zèbre mais doté d’une robe d’un brun sombre, sans aucune rayure dans la partie postérieure.
«Le projet est un succès: nous avons déjà 50 zèbres très proches du qwagga sud-africain», affirme Reinhold Rau, le chef de ce projet mené sur les flancs de la montagne de la Table, en surplomb de la ville du Cap.
«La seule spécificité réside dans la robe. En ce sens, les croisements obtenus peuvent revendiquer l’appellation de qwagga» même s’ils arborent encore quelques rayures postérieures, affirme ce taxidermiste quinquagénaire qui travaille au musée sud-africain du Cap.
En février, l’équipe de généticiens et de biologistes a célébré la naissance du premier petit qwagga de la seconde génération, qui arborait la robe requise, à la plus grande satisfaction des chercheurs.
Le qwagga peuplait les plaines intérieures de l’Afrique du sud avant qu’au siècle dernier, les fermiers ne l’éradiquent des terres qu’ils voulaient défricher et cultiver. Il reste à ce jour 23 exemples empaillés du «vrai» qwagga dans différents musées du monde.
Le dernier représentant de l’espèce mourut dans l’indifférence générale le 12 août 1883 au zoo d’Amsterdam: à l’époque, nul ne se formalisa de cette disparition car les Afrikaaners, les pionniers blancs d’Afrique du Sud, appelaient indifféremment «qwaggas» tous les zèbres, qu’ils aient ou non des rayures.
Zoo congelé
Le projet de sélection génétique est né des hasards de la taxidermie, quand M. Rau fut appelé à restaurer un jeune spécimen du musée sud-africain. Le spécialiste se rendit compte que la peau avait été mal nettoyée en 1857 puis détériorée lors d’un retraitement ultérieur qui endommagea certains tissus et masses musculaires.
Finalement, des échantillons furent transmis au généticien Russell Higuchi de l’université de Berkley en Californie, qui réussit à déterminer le code génétique de l’espèce. L’analyse a permis de montrer que le qwagga est une sous-espèce du zèbre dit de Burchell, également connu sous le nom de zèbre des plaines, très commun en Afrique australe.
Fort de ce savoir, le taxidermiste du Cap émit l’hypothèse que les gènes responsables de la coloration de la robe et du nombre limité de rayures devaient toujours exister, mais sous forme dispersée, chez le zèbre des plaines et pourraient réapparaître grâce à des croisements sélectifs.
Le programme a été lancé en 1987 avec neuf zèbres disposant chacun de certaines des caractéristiques requises. Les progrès furent lents, du fait du cycle de reproduction des zèbres – les femelles atteignent leur maturité vers 2-3 ans, les étalons vers 4-5 ans.
Faute de financement, un projet de fécondation in vitro n’a pu être mené à bien. En outre, l’ADN des qwaggas a été irrémédiablement perdu, ce qui interdit d’utiliser les techniques de clonage employées par les chercheurs britanniques pour le mouton Dolly.
Il n’est pas exclu que les progrès scientifiques permettent à l’avenir d’utiliser des ADN incomplets pour cloner des qwaggas ou d’autres espèces en voie de disparition.
En attendant, les recherches sur le clonage ont conduit à la création d’un «zoo congelé» en Californie, où l’on conserve des cellules d’animaux menacés dans du nitrogène liquide.
Mais ces espoirs restent hypothétiques et de ce fait, «l’extinction des espèces représente une menace permanente», souligne M. Rau, avant de conclure qu’«il faut avant tout continuer à protéger les espèces en danger contre les chasseurs, car une espèce qui disparaît est une tragédie». (AFP)


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