Le cosmonaute que certains responsables russes accusent d’avoir causé la collision entre la station Mir et un cargo de l’espace, le 25 juin, pourrait avoir été victime d’un syndrome de dissymétrie bien connu des médecins spécialisés, a indiqué une des spécialistes russes dans ce domaine, le Dr Inessa Kozlovskaïa.
Ce syndrome dit d’«ataxie», constaté à des degrés divers chez les cosmonautes à leur retour d’un séjour sur Mir, se traduit par des mouvements désordonnés et les empêche par exemple d’attraper un ballon. Ils ne savent plus apprécier avec justesse les distances ou la vitesse à laquelle un objet se déplace, a expliqué le Dr Kozlovskaïa, neurophysiologue.
Selon elle, il est possible que Tsibliev, qui était dans l’espace depuis plus de quatre mois au moment de l’accident, ait ainsi sous-évalué la vitesse à laquelle le cargo de l’espace Progress s’approchait de Mir — une vitesse que les cosmonautes sont habitués à juger de visu, et que le commandant se soit rendu compte trop tard qu’il allait percuter la station, mettant brièvement en danger la vie des trois membres d’équipage et causant l’accident le plus grave en 11 ans de présence dans l’espace de la station Mir.
La commission d’enquête sur les causes de la collision ne rendra ses conclusions que fin septembre. Mais pour Mme Kozlovskaïa, une chose est sûre: même si son erreur était établie, «Tsibliev ne saurait être tenu pour responsable et ne doit pas être sanctionné».
Pour le Dr Kozlovskaïa — une femme de 70 ans qui s’est entretenue avec Tsibliev avant, pendant et après son séjour particulièrement éprouvant sur Mir — «il n’y a pas de coupable, mais seulement de la malchance» dans la collision du 25 juin.
Si le vol de Tsibliev n’avait pas été émaillé d’incidents et particulièrement stressant, cette possible erreur d’évaluation aurait peut-être été évitée car le système nerveux remédie souvent de lui-même à cette absence de coordination des mouvements, souligne-t-elle.
Depuis le retour sur terre le 14 août de Tsibliev et de son ingénieur de bord Alexandre Lazoutkine, Mme Kozlovskaïa défend son «hypothèse» auprès de la société Energuia qui exploite la station Mir et dont le vice-directeur Valeri Rioumine a publiquement mis en cause Tsibliev, comme auprès des spécialistes de la NASA (l’agence spatiale américaine), avec lesquels elle étudie la préparation médicale des cosmonautes de la future station spatiale internationale Alpha.
Partout, cette femme énergique qui ne paraît pas son âge plaide pour que le système d’amarrage soit équipé d’un indicateur sonore annonçant automatiquement, au fur et à mesure, la distance et la vitesse du vaisseau approchant.
«Même si on ne sait pas si Tsibliev a souffert de ce syndrome, car on ne mesure l’ataxie qu’au retour et jamais pendant le vol, on sait que certains systèmes d’information du système nerveux sont perturbés en apesanteur. Et on ne peut pas ne pas en tenir compte dans l’ergonomie du travail à bord».
Pour Mme Kozlovskaïa, les responsables spatiaux à terre ont eux aussi souffert de stress et commis des erreurs.
«Tout le monde a mesuré le rythme cardiaque de Tsibliev, mais on aurait dû prendre aussi le pouls du directeur des vols, Vladimir Solovev», qui était en contact radio avec l’équipage, a-t-elle indiqué. «Il était extrêmement stressé, ce qui est compréhensible, il travaillait lui aussi 24h sur 24...».
«A entendre certaines conversations qu’ils ont eues avec l’équipage, on a envie de leur dire, oh, les gars, ils sont déjà stressés là haut, vous aggravez les choses encore plus. Dites-leur plutôt de se détendre un peu, de boire un café et rappelez leur qu’à terre on les soutient. C’est comme un enfant qui ne vous obéit plus: plus vous criez, plus la situation empire».
Selon Mme Kozlovskaïa, ces dérapages prouvent qu’il faudrait adjoindre à l’équipe de Solovev un psychologue qui puisse, entre les conversations radio avec l’équipage, conseiller les opérateurs au sol.
«Qu’il puisse leur dire, “là tu y es allé un peu fort, il faudra t’excuser à la prochaine conversation”». (AFP)


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