Cette usine, dont la production annuelle annoncée est de 500.000 tonnes, est la première à entrer en fonction sur une série de 16 projets similaires. S’ils sont tous menés à terme, l’Indonésie aura, d’ici 7 ans, doublé sa production actuelle de pâte à papier, la portant à 5,45 millions de tonnes par an.
Pour fonctionner, ces usines devront engloutir quotidiennement au moins 300 hectares de forêts, un rythme d’exploitation qui, pour les mouvements de protection de l’environnement, signifie la disparition de la forêt tropicale indonésienne.
Avec une superficie officiellement légèrement inférieure à 110 millions d’hectares, cette forêt est actuellement la troisième du monde après celles du Brésil et du Congo.
A Mangkajang, une région reculée et isolée qui ne peut être atteinte que par bateau, et, depuis peu, par avion, l’usine de Kiani Kertas est sortie de la jungle en moins de trente mois, employant jusqu’à 10.000 personnes sur son chantier de 3,400 hectares.
Un port en eau profonde a été construit ainsi qu’un aéroport doté d’une piste de 2.500 mètres de long.
Une ville qui hébergera le millier d’employés de l’usine et leurs familles a été crée de toutes pièces. Le parcours de golf, indispensable dans cette partie du monde à toute compagnie qui se respecte, est en cours de réalisation.
«Modèle»…
Présentée comme «un modèle pour l’industrie régionale de la pâte à papier (..) respectant des critères de pollution de l’air et de l’eau équivalents à ceux employés en Amérique du nord», l’usine, qui doit entrer en fonctionnement normal dans la seconde quinzaine d’août, a coûté 1,32 milliard de dollars, essentiellement levé en Indonésie.
M. Mohammad «Bob» Hasan, homme d’affaires indonésien et intime du président Suharto, a fourni 500 millions de dollars sur ses fonds propres, un consortium de banques locales 700, le restant — 120 — provenant d’un groupe de banques étrangères conduit par le japonais Sumitomo.
Pour M. Hasan qui a commencé sa fortune dans l’exploitation forestière et le contre-plaqué, le peu d’enthousiasme manifesté hors d’Indonésie pour son projet vient du fait que «les banques n’aiment pas prendre de risques, surtout lorsqu’il y a des constructions à faire».
Mais il n’écarte pas une redistribution du capital qui augmenterait la part de capitaux étrangers pas plus que, «à une étape ultérieure», la présentation en Bourse du titre.
Kiani Kertas a prévu, selon son directeur financier, M. Setio Anggoro Dewo, un montant annuel d’exportation de 225 millions de dollars permettant, en tenant compte des exemptions fiscales attendues, d’amortir en 7 ou 8 ans l’ensemble des investissements.
La «matière première» que consommera l’usine proviendra de plantations forestières industrielles, également contrôlées par M. Hasan qui aime à se présenter lui-même comme«le Roi de la Forêt indonésienne«.
Mais, pour le mouvement «Campagne internationale pour la justice en Indonésie», Kiani Kertas — comme les 16 autres usines de pâte à papier dont la construction est programmée — «va encore accroître les pressions exercées sur les forêts, déjà sérieusement mises à mal, du pays».
Si rien n’est fait pour mettre un terme «aux dévastations causées par les concessionnaires forestiers avec leur mépris total pour le bien-être des générations futures», écrit le mouvement écologique, «les forêts naturelles indonésiennes, auront totalement disparues d’ici 2030. (AFP)

