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Actualités - Analyse

Pourparlers de paix : Beyrouth attend Albright ... au tournant

Madeleine Albright ne va pas visiter Beyrouth, bien qu’elle s’y autorise elle-même par la levée de l’embargo signée de sa blanche main. Elle offre quand même un lot de consolation, un os à ronger aux autorités locales qui décortiquent avec attention, avec délectation, le message «capital» qu’elle vient de leur adresser.
Dans cette lettre au pouvoir libanais, protocolairement libellée à l’adresse du président de la République, le secrétaire d’Etat U.S. reconnaît du bout des lèvres «cette amélioration de la situation libanaise qui a permis la levée de l’embargo», mesure qui avait été assortie comme on sait d’une sévère mise en garde aux voyageurs américains: c’est à leurs risques et périls, sous leur unique responsabilité personnelle, qu’ils se rendraient au Liban, pays considéré comme toujours dangereux...
Madeleine Albright confirme ensuite «l’engagement» formel des Etats-Unis à réactiver les négociations entre les Etats arabes et Israël. Puis elle invite le Liban à signer sans retard la convention internationale pour la lutte contre le terrorisme.
Dans les cercles officiels locaux, où les micro-analystes qui coupent les cheveux en quatre ne manquent pas, on relève en se frottant les mains qu’Albright «emploie au sujet de la reprise des négociations israélo-arabes le terme «engagement» très rarement utilisé dans le langage diplomatique général, toujours prudent, et encore plus rarement par le Département d’Etat. Généralement, Washington ne parle que de «s’efforcer» de parvenir à un but déterminé, sans «s’engager» aussi formellement qu’il le fait pour la reprise du processus de paix...»
«Mais, se demandent ces mêmes sources échaudées par des déceptions antérieures, les Américains seront-ils à la hauteur des responsabilités qu’ils se fixent eux-mêmes? Sauront-ils remettre les principes de Madrid sur les rails et amener Netanyahu le boute-feu à résipiscence? Pourront-ils en ce qui nous concerne faire enfin appliquer cette 425 datant de 1978 dont ils sont les géniteurs, ce qui ne les a pas empêchés de l’entraver jusqu’à présent? Ne doit-on pas craindre qu’ils persistent à lier en pratique cette résolution à la 242, et à confondre l’occupation du Sud fruit d’une agression pure sans déclaration de guerre avec les autres territoires arabes envahis en 67 à la suite d’une guerre en bonne et due forme si l’on peut dire...»
Controverse

On notera cependant à ce propos que l’attitude des autorités locales elles-mêmes est devenue pour le moins ambiguë depuis la conférence de Madrid et depuis Taëf. En effet, tout en continuant à soutenir pour la forme que le Liban ne veut connaître que la 425, et pas la 242 ou la 338, les responsables soutiennent qu’il n’est pas question de dissocier le volet libanais du volet syrien. «Dès lors, dit à ce sujet un opposant, ils admettent en pratique que le Sud soit lié au Golan, que le retrait ne s’y fasse donc plus inconditionnellement, comme l’édicte la 425 et ils retombent ainsi eux-mêmes dans la 242. Pour se justifier, ils affirment que l’association des deux volets ne signifie pas du tout le remplacement de la 425 par la 242, mais simplement que le Liban ne signera de traité de paix avec Israël qu’après un accord syro-israélien sur le Golan... et on ne voit pas où est la différence! A la limite, on peut même trouver que ce sont les Libanais qui ne veulent pas de la 425, vu qu’ils souhaitent ne rien récupérer comme cela de but en blanc, inconditionnellement comme on l’a vu dernièrement à Saydoun et ils attendront que le cas du Golan soit d’abord réglé... Une position qui arrange avant tout Israël puisqu’il n’aurait rien à céder au Liban tant qu’il garderait le haut plateau syrien».
Les loyalistes ne sont évidemment pas de cet avis. «Aujourd’hui, dit une source gouvernementale, beaucoup d’indices donnent à croire que les Israéliens veulent se tirer effectivement du guêpier qu’est devenu pour eux le Liban-Sud où ils n’arrivent plus ni à amortir les pertes causées dans leurs rangs par la résistance ni à soutenir l’ALS de Lahd qui, frappée d’hémorragie interne par d’innombrables désertions, est en train d’agoniser... Les Israéliens parlent donc de «Jezzine d’abord» et de «Liban d’abord», avancent encore des conditions comme les tests probatoires de six mois qu’ils prétendent faire passer à nos forces régulières appelées à se déployer dans la bande frontalière... Toutes ces propositions piégées, nous les rejetons bien évidemment et nous attendons où le fruit, devenu mûr, tombera de lui-même. Nous pensons que ce jour ne saurait plus beaucoup tarder. C’est peut-être une question de mois... surtout si Albright devait y mettre du sien. En tout cas, quand le retrait se fera, avec ou sans pourparlers techniques préalables entre officiers des deux bords pour une relève logique, nous n’allons évidemment pas laisser la région à l’abandon. Tout est prêt de notre côté et l’armée sait très exactement ce qu’elle devra faire quand les Israéliens commenceront à déguerpir. Mais d’ici là, il est tout aussi évident qu’elle ne va pas occuper le moindre trou à rat encastré dans les positions ennemies que les Israéliens et leurs auxiliaires feront semblant de dégarnir, comme ce fut le cas à Saydoun. Les pièges de ce genre nous n’y tombons plus depuis Kawkaba en 1979...»

E. K.
Madeleine Albright ne va pas visiter Beyrouth, bien qu’elle s’y autorise elle-même par la levée de l’embargo signée de sa blanche main. Elle offre quand même un lot de consolation, un os à ronger aux autorités locales qui décortiquent avec attention, avec délectation, le message «capital» qu’elle vient de leur adresser.Dans cette lettre au pouvoir libanais, protocolairement libellée à l’adresse du président de la République, le secrétaire d’Etat U.S. reconnaît du bout des lèvres «cette amélioration de la situation libanaise qui a permis la levée de l’embargo», mesure qui avait été assortie comme on sait d’une sévère mise en garde aux voyageurs américains: c’est à leurs risques et périls, sous leur unique responsabilité personnelle, qu’ils se rendraient au Liban, pays considéré comme...