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Actualités - Opinion

Carnet de route Spleein

SPLEEN

«Hommes! Ô chercheurs de points d’eau sur l’écorce du monde. Ô chercheurs! Ô trouveurs de raisons pour s’en aller ailleurs». (1) C’est ce que j’aurais eu envie de répondre à une femme savante qui m’a apostrophé en me disant, sourire en coin «Alors, on s’est rapatrié?». Mais je lui ai simplement dit que c’était un chagrin d’amour qui m’avait rapatrié parce qu’on ne rapatrie pas «soi», on rapatrie des capitaux, des prisonniers de guerre, voire du cheptel. Elle a rétorqué que j’avais toujours le mot pour rire. Sotte à en pleurer. Il y en a comme ça, et sur tous les continents. Et qu’on trouve charmantes, «primesautières» comme disent ceux qui parlent le français des livres. Oublions cette dame et son «rapatriement» que je n’ai toujours pas digéré. Comme si je m’étais jamais perçue comme «expatriée». Excusez cette légère incursion dans mon équation personnelle. Je ne l’aurais pas faite si nous ne nous trouvions pas nombreux à être apostrophés de la sorte.


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Les français ont le sens de la formule (les anglais aussi, mais nous sommes là pour défendre l’hydre de la francophonie). Après la flagrante révélation, par les faits, des erreurs de Sartre et de son engagement politique, notamment vis-à-vis du tiers monde, les héritiers du gauchisme hexagonal lancèrent ce slogan devenu fameux: «Mieux vaut se tromper avec Sartre qu’avoir raison avec Aron». Ce qui voulait dire, à peu près, mieux vaut se tromper par générosité d’âme qu’accepter une vérité rationnelle, mais «sèche». Moi je préfère de loin ce double graffitti de 1968: «Dieu est mort. Signé Nietsche» suivi de «Nietsche est mort. Signé Dieu».


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Valéry (la paternité est incertaine) divisait les femmes en «emmerdantes, emmerdeuses, et emmerderesses». Comment faire un parallèle avec nos gouvernants? Il y en a certes une quantité qui méritent l’adjectif d’«emmerdants», les «emmerdeurs» ne se comptent plus, et «emmerdantissimes», ou, pour faire jeune, «superchieurs» sont légion. Ce ne serait pas exceptionnel (il y en a plein le monde, voir Juppé ou Jospin) s’il n’étaient en outre combinards, magouilleurs et, pourrait-on dire, menteurs, si malheureusement pour leur honneur, leurs mensonges n’étaient aussitôt détectés par le moins blasé des chauffeurs de taxi-service. J’ai dit «honneur»?


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Alors, regardons du côté de la culture. Adonis et Schéhadé. Schéhadé et Adonis. Heureusement qu’Adonis est vivant parce que, sinon, nous serions encore happés par le patrimoine. Il est très bien, ce patrimoine. En gros. Mais, en matière de culture vivante, la seule espèce nouvelle est le roman libanais, qui est né de la guerre (notamment en langue française). Quant à l’inondation de la jeune peinture, seul Joseph Tarrab y retrouve les siens, avec sa casquette d’explorateur.
Ceci pour dire que, contrairement à l’Egypte par exemple, nous allons suffoquer sans l’apport de talents nouveaux. Je parle d’art, bien sûr, car nous avons des essayistes bien meilleurs que nos littérateurs. Paul Khoury par exemple, Ghassan Salamé, Georges Corm, et cet Ahmed Beydoun qui mériterait à lui seul, ne serait-ce que pour la transparence de sa langue, sans parler de la hauteur de sa réflexion, plusieurs «prix de la francophonie».
Un texte bien décousu que celui-ci, c’est le propre d’une inspiration fragmentée. Et peut-être le reflet d’un Liban particulièrement éclaté en cette veille de rentrée.

Amal NACCACHE

(1) Saint John Perse, «Anabase» (cité de mémoire).
SPLEEN«Hommes! Ô chercheurs de points d’eau sur l’écorce du monde. Ô chercheurs! Ô trouveurs de raisons pour s’en aller ailleurs». (1) C’est ce que j’aurais eu envie de répondre à une femme savante qui m’a apostrophé en me disant, sourire en coin «Alors, on s’est rapatrié?». Mais je lui ai simplement dit que c’était un chagrin d’amour qui m’avait rapatrié parce qu’on ne rapatrie pas «soi», on rapatrie des capitaux, des prisonniers de guerre, voire du cheptel. Elle a rétorqué que j’avais toujours le mot pour rire. Sotte à en pleurer. Il y en a comme ça, et sur tous les continents. Et qu’on trouve charmantes, «primesautières» comme disent ceux qui parlent le français des livres. Oublions cette dame et son «rapatriement» que je n’ai toujours pas digéré. Comme si je m’étais jamais...