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Actualités - Opinion

Tribune A la recherche d'un temps retrouvé

Il s’agit d’un exilé qui redécouvre son pays d’origine, et le découvre encore, parce que exilé, éloigné — comme la vieille maison de la plus jeune enfance, abandonnée, que l’on se plaît à revisiter coin par coin, pierre par pierre, où chaque poussière perdue réveille un archipel de souvenirs; chambre par chambre — pour ressouder son passé, enrichir son avenir d’une culture retrouvée, arpenter au présent des siècles de voyages, d’exils, de civilisations emmêlées, perdues les unes par les autres, alchimie secrète qui rend à la société actuelle sa diversité primordiale.

Est-ce parce que je vis loin depuis longtemps que je profite le mieux du pays?
De Beyrouth la vieille à Tripoli via Byblos, sur une côte tantôt asphyxiée dans son béton, tantôt libre et belle, jusqu’aux cèdres trimillénaires; pour basculer dans le dos du pays sur sa plaine Békaa, découvrir l’Anti-Liban en face, le Hermel au nord-est, sa vallée vierge dans ses bras, long sillon vert dans un plateau aride; Baalbeck bien sûr, Bacchus et Jupiter dans leurs pierres endormis, tiennent encore leurs colonnes dressées pour soutenir le ciel. Et puis Békaa toujours: Aanjar l’Omeyyade, ses quatre ports pour accueillir les marchands du monde — Nord-Est-Sud-Ouest — la route vallonnée jusqu’à Rachaya suspendue en hauteur et qui surveille le Sud-Ouest de sa citadelle qui garde en son sein les souvenirs de l’indépendance et de ses militants emprisonnés par les Français en 43... et la route continue plus bas, vers l’Est, jusqu’au lac de Karoun avec un enchaînement ravissant de paysages divers qui courent le long de votre voiture et se métamorphosent de montagnes rocailleuses, menaçantes et arides, en vallons et collines verts accueillants, sur lesquels se succèdent orangers, pommiers, vignes, pins ou bananiers dans un ordre baroque, enfin en plaine plate découpée en champs dorés... Saïda et Tyr, le château de la mer, la défaite des croisés et la dernière touche arabe... c’est la pierre et l’architecture qui changent encore, dans ce petit pays aux mélanges infinis, un dôme sur une chapelle, des arcades qui pointent derrière les contreforts... et Tyr la phénicienne, détruite, romanisée plus tard, le stade, le vieux portique qui jette son ombre sur le cimetière byzantin, l’hospitalité de Tyriens heureux de se sentir moins seuls à deux pas du danger... Et puis sur ce périple tellement de sites encore, le Chouf, Deir el-Kamar, Beiteddine, le palais de Mir Amine et son restaurant au panorama délicieux; tellement de temples encore, perdus, oubliés, ensevelis par une végétation qui mord sauvagement sur la pierre et la vaine histoire des hommes...
C’est au bout de ce voyage que se trouve l’avion... l’achèvement d’un temps; d’un bout de temps qui se compte en heures de plaisirs...
C’est donc une question de temps... toujours... s’il est compté, on se précipite... pourtant fut-il un jour question de ne plus le compter... non?
Je souhaite à tous de vivre dans la conscience alarmée des jours qui passent... C’est la voie de l’enrichissement...
Il s’agit d’un exilé qui redécouvre son pays d’origine, et le découvre encore, parce que exilé, éloigné — comme la vieille maison de la plus jeune enfance, abandonnée, que l’on se plaît à revisiter coin par coin, pierre par pierre, où chaque poussière perdue réveille un archipel de souvenirs; chambre par chambre — pour ressouder son passé, enrichir son avenir d’une culture retrouvée, arpenter au présent des siècles de voyages, d’exils, de civilisations emmêlées, perdues les unes par les autres, alchimie secrète qui rend à la société actuelle sa diversité primordiale.Est-ce parce que je vis loin depuis longtemps que je profite le mieux du pays?De Beyrouth la vieille à Tripoli via Byblos, sur une côte tantôt asphyxiée dans son béton, tantôt libre et belle, jusqu’aux cèdres trimillénaires;...