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Actualités - Chronologie

Colombie : le président Samper menacé par les siens

Le président Ernesto Samper qui, depuis trois ans, avait semblé réussir à se charger de ses ennemis, paraît aujourd’hui menacé par une nouvelle offensive, mais cette fois venue de ses propres troupes qui jusqu’ici avaient fait bloc autour de lui, contre vents et marées.

La journée de mardi dernier devra être classée noire dans l’histoire déjà si mouvementée de son mandat, dans ce sens qu’Ernesto Samper, en quelques heures seulement, a vu se dresser contre lui ses amis du Parti libéral qui ont convoqué une réunion extraordinaire du Sénat et d’autre part ont désigné clairement les organismes de sécurité de l’Etat comme responsables occultes des derniers remous qui ont agité son gouvernement.
Ces remous ont pris la forme mardi de nouvelles démissions de ministres — au nombre de quatre depuis cinq mois — atteints de plein fouet par le dernier scandale en date, qui couvait depuis dimanche: son ministre des Communications, Saulo Arboleda et celui des Mines et Energie, Rodrigo Villamizar, deux ministres à sa dévotion, ont été pris en flagrant délit de trafic d’influence dans l’adjudication de fréquences de radios privées, fer de lance capital dans la vie de l’information dans ce pays.
Dimanche dernier, la revue Semana publiait le texte intégral d’une conversation téléphonique de 12 minutes que les deux ministres ont eue le 21 juillet, où ils ne font pas mystère de leur souci d’attribuer ces fréquences à des rédactions «amies» du gouvernement et du président.
Arboleda et Villamizar se mettent d’accord sur un «fifty-fifty»: 50% des fréquences pour les «amis» et 50% pour les autres. Paradoxalement, ce sont ces derniers 50% qui posent problèmes. Villamizar ne dit-il pas: «Je suis effrayé parce que je ne sais pas quel type de faveurs ou d’engagements le président a décidé avec ces autres personnes».

Mises au point

Le 24 juillet, 81 fréquences étaient attribuées par l’Etat, la presse retenant particulièrement celle accordée à un ami du gouvernement, pour sa radio de Cali, Mario Alfonso Escobar, homme proche dans le passé du cartel de la drogue des frères Rodriguez. Arboleda avait insisté auprès de son collègue Villamizar, pour qu’il intervienne en faveur d’Escobar, auprès de M. Samper.
Ernesto Samper ne put faire autrement qu’accepter la démission de ses deux ministres, réclamée d’ailleurs par le Parti libéral lui-même, tout en désignant les organismes de sécurité de l’Etat comme étant les auteurs de la fuite fatale. Pour la première fois, ces «agences officielles» étaient montrées du doigt, par le président lui-même, ce qui promet logiquement quelques mises au point. Dans la nuit de mardi à mercredi, ces «agences» n’avaient pas fait connaître leur réaction.
Pendant ce temps-là, le Sénat a ouvert une réunion extraordinaire afin d’interpeller le gouvernement et les commandants des forces d’octobre prochain.
La réunion du Sénat a été convoquée à la demande d’un groupe de parlementaires du Parti libéral qui, la semaine dernière, avaient menacé le président colombien d’un «procès politique» s’il ne parvenait pas à régler les problèmes d’ordre public que connaît actuellement le pays. Plusieurs parlementaires étaient allés jusqu’à envisager le départ du président.
C’était la première fois que des amis politiques du président, qui plus est du Congrès, critiquaient ouvertement le chef de l’Etat.
Les prochaines semaines, voire les prochains mois, promettent d’être tendus, si la menace, venue de l’intérieur, se précisait et s’amplifiait contre le président, surtout dans le cas où il ne manifesterait pas, ce que ses amis lui demandent, la capacité de reprendre le contrôle du pays.
Les Colombiens lui reprochent d’avoir été décevant dans les domaines de l’économie, de la recherche de la paix avec la guérilla et dans sa lutte contre la corruption, le problème le plus grave restant celui de l’ordre public.. L’assassinat, le vendredi 8 août, du sénateur Jorge Cristo a brusquement accru les craintes de toute la classe politique de voir les élections locales du 26 octobre sombrer dans un bain de sang.
«Si Samper n’est pas en mesure de garantir les droits des citoyens, il a deux possibilités: ou il démissionne, ou nous lui faisons un procès politique», a souligné Juan Guillermo Angel, ancien président du Congrès, et «sampériste» bon teint.
Pour noircir un peu plus le tableau, quinze responsables politiques de Santa Rosa (nord-est) ont été enlevés mardi, probablement par la guérilla qui avait déjà enlevé dans la même région samedi dernier 13 personnes impliquées dans la campagne électorale. (AFP)
Le président Ernesto Samper qui, depuis trois ans, avait semblé réussir à se charger de ses ennemis, paraît aujourd’hui menacé par une nouvelle offensive, mais cette fois venue de ses propres troupes qui jusqu’ici avaient fait bloc autour de lui, contre vents et marées.La journée de mardi dernier devra être classée noire dans l’histoire déjà si mouvementée de son mandat, dans ce sens qu’Ernesto Samper, en quelques heures seulement, a vu se dresser contre lui ses amis du Parti libéral qui ont convoqué une réunion extraordinaire du Sénat et d’autre part ont désigné clairement les organismes de sécurité de l’Etat comme responsables occultes des derniers remous qui ont agité son gouvernement.Ces remous ont pris la forme mardi de nouvelles démissions de ministres — au nombre de quatre depuis cinq mois —...