Il s’est également inquiété de l’influence grandissante des Etats-Unis dans les marches méridionales de la Russie.
«Ces derniers temps sont apparues de nouvelles tendances inquiétantes susceptibles de déstabiliser sérieusement la situation dans la région», a dit le chef de l’Etat qui, pour la première fois depuis son opération à cœur ouvert du 5 novembre, présidait une réunion du Conseil de Sécurité.
Cette séance devait être principalement consacrée aux «moyens d’améliorer la politique russe dans le Nord-Caucase».
Pour Boris Eltsine, «dans cette région ne sont pas seulement concentrés les intérêts de la Communauté des Etats indépendants, mais également ceux des pays de l’étranger lointain (expression russe désignant les Etats non membres de l’ex-URSS)».
«Les Etats-Unis affirment déjà que (le Caucase) entre dans leur sphère d’influence. Notre influence à nous diminue, tandis que les Américains commencent à s’immiscer dans cette zone et, sans se cacher, disent qu’il s’agit de leur sphère d’influence», a-t-il ajouté devant les caméras de télévision, sans donner plus de précisions.
«La situation (dans la région) reste explosive et ne s’améliore que très lentement. Toutes les institutions doivent, sans exception, prendre des mesures sérieuses pour y remédier», a dit Boris Eltsine avant de préconiser l’adoption d’une politique «commune» à l’ensemble du Nord-Caucase pour remplacer l’approche actuelle, différenciée selon chacune des républiques.
«Nous faisons parfois nous-mêmes en sorte que les passions s’exacerbent dans le Caucase», a reconnu le chef de l’Etat.
Tout en déplorant que ses directives restent parfois lettre morte, Boris Eltsine a appelé les institutions fédérales concernées par la situation la région en question (ministère de l’Intérieur, Services de sécurité, administration des douanes et des garde-frontières) à une meilleure coordination.
Selon lui, ces services lui fournissent parfois des informations «contradictoires» sur le Nord-Caucase.
«Tout cela m’inquiète, car il y va de l’intégrité territoriale de la Russie», a-t-il dit.
Accusation
Après avoir appelé les médias à soutenir la politique du Kremlin dans le sud de la Russie, il s’en est pris au directeur de la chaîne de télévision privée NTV.
S’exprimant lors d’une conférence de presse, Igor Malachenko a accusé le vice-préisdent tchétchène Vakha Arsanov d’être directement impliqué dans les récents enlèvements de civils.
Affirmant que les forces de l’ordre séparatistes n’avaient pris aucune part à la libération des trois journalistes de NTV rentrés la veille à Moscou après 101 jours de captivité, il avait également comparé le premier vice-premier ministre tchétchène Movladi Oudougov au responsable de la propagande nazie, Joseph Goebbels.
«Le Caucase est une région complexe. Il est inadmissible que le séparatisme prenne le dessus et que des gens comme Malachenko ouvrent une conférence de presse par des insultes à l’encontre des dirigeants tchètchènes. Et ce juste après une série de négociations», a dit le chef de l’Etat qui a également critiqué le secrétaire-adjoint du Conseil de Sécurité, Boris Berezovski.
Principal négociateur entre le Kremlin et Grozny, ce dernier a accusé mardi les responsables tchétchènes de faire montre d’«hypocrisie» dans l’affaire des otages.
Boris Eltsine a reçu lundi au Kremlin le président et premier ministre tchétchène, Aslan Maskhadov. Les deux hommes se sont entretenus des futures relations entre Moscou et Grozny.
Les séparatistes estiment que le retrait des troupes russes, en janvier, dernier, a marqué, de facto, la reconnaissance de l’indépendance nationale par le Kremlin après 21 mois de conflit. Moscou souhaite en revanche conserver la Tchétchénie dans son giron et se dit prête à lui accorder un statut d’autonomie comparable à celui dont le Tatarstan jouit depuis 1994.
Tout en reconnaissant que cela pourrait nécessiter «un ou deux ans de préparations», Boris Eltsine a rappelé mercredi l’importance du traité bilatéral qu’il souhaiterait conclure avec Aslan Maskhadov.
Le chef du Kremlin a annoncé en début de semaine la création prochaine d’une commission russo-tchétchène à qui reviendra le soin de préparer ce document.
Selon l’agence Interfax, la délégation russe comprendra le secrétaire du Conseil de Sécurité, Ivan Rybkine, le ministre des Nationalités, Viatcheslav Mikhaïlov, le chef de l’administration présidentielle, Valentin Ioumachev, et le vice-premier ministre Ramazan Abdoulatipov. (Reuter)


À Verdun, un « sommet spirituel » pour préserver l’unité nationale... et donner un coup de pouce au pouvoir