Cent ans après la publication du «Dracula» de Bram Stocker, grand classique de la littérature fantastique et d’épouvante, et 150 ans après la naissance de son auteur, les «vampiromaniaques» de la Bram Stoker Society entendent célébrer à Dublin la mémoire de celui qu’ils tiennent pour un «Irlandais tout à fait remarquable».
Le nom de Dracula évoque certes plus les montagnes roumaines, où vivait au Moyen-Age le sanguinaire comte Vlad Tepes, que les vertes contrées de l’île d’émeraude.
Mais tout autant qu’Oscar Wilde ou Samuel Beckett, le créateur de l’incoutournable buveur de sang était un pur Dublinois.
Un siècle et 700 films après sa naissance, Dracula fait l’objet, dans sa patrie d’origine, d’un regain d’intérêt certain. Etudiants et universitaires prennent conscience que l’œuvre de Stoker, passée à la prospérité dans le monde entier, est incontestablement marquée par la nationalité de son auteur.
«Bien que l’histoire se déroule dans le cadre gothique et sanglant d’une Transylvanie de ravins et de châteaux, il semble désormais très probable que le Dracula de Bram Stoker relève d’une inspiration tout aussi irlandaise que Molly Malone», écrivait récemment Clive Gammon dans le «London Observer».
Contes terrifiants
Pour Peter Tremayne et Peter Haining, auteurs de «Le mort-vivant: la légende de Bram Stoker et Dracula», «il ne fait aucun doute que Dracula es Irlandais». «Le problème est que Stoker, au XIXe siècle, s’adressait à un public anglais qui ne se serait pas enthousiasmé pour un vampire irlandais».
Dès son enfance dublinoise, le petit Abraham Stoker est bercé par les terrifiantes histoires que lui raconte sa mère. Il est notamment impressionné par les récits qu’elle lui fait de la grande famine, qui contraignait les paysans affamés à boire le sang des vaches à même la bête.
En outre, la mère de l’écrivain, dans sa jeunesse, avait vécu une terrible épidémie de choléra. «Elle avait vu des malades jetés vivants dans la tombe et elle lui racontait cela quand il était enfant», note Dennis McIntyre, spécialiste de Stoker.
Autre élément significatif, la maison du petit Abraham se trouvait non loin du «cimetière des suicidés». On plantait un pieu dans le cœur de ceux qui avaient mis fin à leurs jours, afin d’éviter à leur âme tourmentée une éternelle errance.
Nourri de ces récits et de l’atmosphère brumeuse d’une Irlande peuplée de loups et de rats, Bram Stoker écrivit à 50 ans ce qui allait devenir un classique de la littérature mondiale.
Un siècle plus tard, l’Irlande commence seulement à rendre hommage à l’un de ses plus grands auteurs.
Regain d’intérêt
«Rappelez-vous combien de temps il a fallu pour que James Joyce soit reconnu comme un héros national», remarque cependant Leslie Shepard, de la Bram Stoker Society.
Fondée en 1980, cette association voit ses efforts porter leurs premiers fruits. A Dublin, les touristes peuvent désormais partir en visite guidée sur les traces de Stoker. A l’automne, les postes irlandaises émettront une série de timbres commémoratifs, mis en vente le jour de Halloween.
Conférences et expositions se son multipliées, et le livre lui-même vient d’être réédité. En juillet, Dublin a accueilli la septième Université d’été consacrée à Bram Stoker. Venus du monde entier, d’éminents vampiromanes ont proposé toutes sortes d’interprétations de l’œuvre mythique. Pour certains, c’est une simple allégorie du combat entre le bien et le mal. Pour d’autres, c’est une évidente illustration du complexe d’Œdipe.
Quoi qu’il en soit, «Dracula» est un best-seller. A lui seul, il est plus vendu dans le monde que l’ensemble des autres ouvrages irlandais.
Dans un tel contexte, rien d’étonnant à ce que Dennis McIntyre soit amer. «Si vous marchez dans les rues de Dublin et que vous demandez à un passant le nom de l’auteur de Dracula et sa nationalité, il ne pourra pas vous répondre», se désole-t-il. (Reuter)


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