«Il es absolument fondamental d’avoir un système démocratique au plus bas des échelons. Nous souhaitons que ces élections soient justes, crédibles, et sûres malgré leur complexité», a déclaré le porte-parole de l’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe), David Foley.
Les premières municipales de l’après-guerre, initialement prévues en septembre 1996 en même temps que les élections générales, reportées depuis à quatre reprises, se dérouleront les 13 et 14 septembre, en dépit des risques d’incidents intercommunautaires.
Des routes sécurisées
Ce scrutin est perçu dans les milieux diplomatiques à Sarajevo comme une chance de changer le jeu politique, qui pourrait enfin permettre de doter la Bosnie de réelles structures civiles.
«Ces élections représentent une réelle chance de changement, contrairement aux élections générales de l’année dernière où la victoire des principaux partis nationalistes (serbe, croate, musulman) était annoncée. Elles vont permettre de faire venir sur la scène politique de nouvelles personnes et de nouvelles idées», a déclaré un diplomate américain.
Selon l’OSCE, chargée de l’organisation du scrutin, dont le coût est estimé à 50 millions de dollars, 2,4 millions de personnes sur un total de 3,2 millions d’électeurs potentiels, se sont inscrites sur les listes.
2.300 observateurs internationaux surveilleront les opérations dans autant de bureaux répartis dans 139 municipalités. Il y a 1.900 candidats, venus de 91 partis ou formations politiques.
«C’est une opération bien plus large que celle mise en place lors des élections générales de 1996 (…) et les électeurs pourront emprunter des routes sécurisées», a ajouté M. Foley.
Plus de 5.000 soldats de la SFOR (Force de stabilisation de l’OTAN) et 1.900 policiers de l’ONU seront placés en état d’alerte maximale. Les différentes polices locales seront également mobilisées pour l’occasion.
En principe, les électeurs doivent pouvoir voter là où ils résidaient avant la guerre ou bien dans le lieu où ils souhaitent vivre. La liberté de circulation est encore un rêve lointain pour 1,4 million de réfugiés, chassés de chez eux lors des différentes campagnes de nettoyage ethnique.
La plus grande difficulté réside dans l’accord même de Dayton, qui a consacré la fracture de la Bosnie en deux entités, la Republika Srpska (RS, entité des Serbes de Bosnie) et la Fédération croato-musulmane. Ces deux territoires sont séparés par une ligne interentité, une véritable frontière en fait.
Les responsables redoutent des incidents essentiellement sur le territoire de la RS, dans des zones du nord-est de la Bosnie où les Musulmans étaient majoritaires avant la guerre, comme à Brcko, Doboj, Visegrad, ainsi qu’à Prijedor (nord-ouest) et à Srebrenica (est).
Les Serbes de Bosnie, craignant de perdre par les urnes ce qu’ils ont conquis dans le sang, ont été récemment et à plusieurs reprises accusés par l’OSCE de fraudes électorales pour avoir incité leurs réfugiés à s’inscrire dans les villes conquises afin d’en garder leur contrôle, notamment à Brcko et Srebrenica.
De nombreuses villes de RS où la population était majoritairement croate ou musulmane avant la guerre risquent d’être confrontées à la victoire d’un maire issu de ces rangs.
«On ne pourra pas déployer un char devant chaque mairie et faire garder les nouveaux élus par les soldats de la SFOR pour assurer leur sécurité», a remarqué un haut responsable de l’ONU. (AFP)


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