Cinquante ans après l’indépendance de l’Inde, ce club centenaire — comme quelques autres à Calcutta, Bombay ou dans les stations d’altitude des contreforts de l’Himalaya — n’a guère changé depuis le temps du Raj, l’empire britannique, bien que les «sahibs» ne soient plus que quelques-uns.
Tous les 10 juin, anniversaire de la reine d’Angleterre, on honore lors d’un déjeuner-cérémonie le portrait d’Elizabeth ornant l’entrée du club qui étend son gazon forcément manucuré sur quelque 40 hectares.
«Tolly», comme les familiers l’appellent, a cependant fait quelques concessions au temps qui a passé depuis 1947.
Le smoking n’est ainsi plus de rigueur le soir. Les shorts, baskets et autres vêtements légers sont permis sur le parcours de golf, les courts de tennis et à la piscine. Mais pas encore au clubhouse.
«Dans nulle autre ville il n’y a tant de clubs, le Royal Calcutta Golf Club, le Royal Calcutta Turf Club et des clubs de bowling, croquet, football, rugby, cricket, squash, badminton, aviron… vous avez le choix», explique Robert Wright, un Britannique qui a dirigé «Tolly» depuis 1970. «Calcutta est la plus britannique des villes indiennes».
L’héritage britannique en Inde n’est pas visible qu’à Calcutta et les clubs n’en sont qu’une partie. Il y a aussi les écoles militaires et leurs cornemuses, sur le modèle de Sandhurst, les écoles et leurs uniformes, les parcs et leurs innombrables petits joueurs de cricket...
L’anglais est la langue unificatrice d’un pays où l’on compte des centaines de langues et dialectes. Et puis, on roule toujours à gauche en Inde.
Mais nulle part ailleurs que dans les clubs de Calcutta l’anachronisme n’est aussi évident.
Au Club du Bengale, le plus huppé de la ville, fondé en 1826 (le premier membre indien y fut accepté en 1959), il y a toujours le rite du déjeuner du vendredi, qui coïncidait dans le temps avec l’arrivée du bateau hebdomadaire en provenance d’Angleterre avec le courrier et les femmes cherchant mari. Le cadre: boiseries, meubles Chippendale, pendules dorées, toiles gigantesques.
C’était mieux à l’époque, se désole un membre nostalgique, Abhijit Kumar. «On accepte toute sorte de gens maintenant. L’autre jour j’ai vu un type manger des asperges avec une fourchette, cela aurait été impensable il y a quelques années encore».
Au Turf Club aussi, l’on ne peut éviter certains changements. On ne porte plus chapeau et gants pour les grandes courses de chevaux. Mais l’on suit toujours, à la télévision, le Grand National, Ascot et Epsom. On parie aussi.
Le temps s’est arrêté au Royal Calcutta Golf Club. «C’est comme St. Andrews», la Mecque écossaise du golf, explique Ranjan Datta. «Probablement le plus ancien d’Inde, et certainement le meilleur». (AFP)


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