Cinquante ans après son indépendance, l’Inde tente de trouver une place au centre de la scène internationale, après l’effondrement de l’URSS, son ancien allié, et la déliquescence du mouvement des non-alignés dont elle fut fondatrice et porte-drapeau.
Elle entend obtenir un siège permanent au Conseil de Sécurité de l’ONU, pouvoir continuer à s’opposer aux grandes puissances — Etats-Unis en tête — lorsque, par exemple, elle ne veut pas d’un traité interdisant les essais nucléaires, et faire comprendre sa crainte face à l’armement d’un géant comme la Chine ou d’un rival comme le Pakistan, ses voisins.
Kalim Bahadur, expert de l’Asie centrale à l’Université Jawaharlal Nehru à New Delhi, souligne que si l’Inde «se considère toujours comme champion des pays en développement», elle entend jouer dans la cour des grands, même si elle n’a plus de dirigeants de l’envergure de Nehru ou d’Indira Gandhi.
«Elle estime qu’elle peut jouer un rôle important dans les affaires internationales, et donc qu’elle doit avoir une place de droit parmi les grandes nations qui décident des événements à l’ONU», dit-il.
Les Etats-Unis ont récemment proposé deux sièges supplémentaires au Conseil de Sécurité pour le Japon et l’Allemagne, et trois pour les pays en développement dont l’un devrait logiquement revenir à l’Inde, pays qui passera la barre du milliard d’habitants en l’an 2.000.
Mais, New Delhi se méfie toujours de Washington, souvent accusé d’être pro-pakistanais, et de vouloir «un monde unipolaire» en insistant notamment pour que l’Inde signe le traité interdisant les tests atomiques que New Delhi considère comme discriminatoire.
J.N. Dixit, ancien secrétaire d’Etat indien aux Affaires extérieures, reconnaît que la disparition de l’URSS, soutien politique et fournisseur militaire, a représenté à cet égard un revers, la perte d’un «levier».
Mais «ce n’est pas désespérant», explique cet ancien ambassadeur. «Il nous faut établir de nouvelles équations, intégrant tous ceux qui sont puissants et amis». «Lorsqu’il sera nécessaire, l’Inde sera seule», ajoute-t-il.
Pour beaucoup, le rôle de l’Inde ne sera reconnu qu’avec un siège permanent au Conseil de Sécurité.
«L’Inde est la plus grande démocratie du monde et un facteur de stabilité dans les affaires internationales», avait expliqué en avril dernier le premier ministre indien de l’époque, H.D. Deve Gowda, au secrétaire général des Nations Unies Kofi Annan en visite à New Delhi.
M. Dixit met cependant en garde son pays contre la tentation de mendier un tel statut: «Qu’avons-nous à gagner à devenir un membre sans veto?»
L’Inde, explique-t-il, doit d’abord faire des efforts pour relever d’énormes défis économiques, démographiques et sociaux au cours des prochaines décennies et éviter de devenir «nation de deuxième classe».
Mais il se veut optimiste: l’Inde dialogue avec tous ses voisins (conflits frontaliers avec le Chine et le Pakistan, conflit sur le partage des eaux du Gange avec le Bangladesh) aux termes de la «doctrine Gujral», du nom du premier ministre Inder Kumar Gujral. New Delhi a entrepris des réformes économiques massives, assure la subsistance de tous ses habitants et le pays est resté uni en dépit d’une extrême diversité.
«Je suis confiant dans l’avenir», assure M. Dixit. (AFP)


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