Il y a deux jours, Ralph Feltrop, 42 ans, un détenu du Missouri est devenu le 46e condamné à mort exécuté depuis le 1er janvier. Ils avaient été 45 durant toute l’année 1996.
Si le cas de Joseph O’Dell, un multirécidiviste exécuté le 23 juillet en Virginie (côte est) avait suscité une certaine émotion internationale, les exécutions ont depuis repris dans une quasi-indifférence.
Le 29 juillet, le Texas a exécuté son 25e détenu de l’année.
Et Ralph Feltrop, un Blanc condamné pour meurtre en août 1988, était mercredi le premier de quatre détenus qui doivent être exécutés avant la fin du mois dans le Missouri.
Il est mort en proclamant son innocence, comme l’avait fait Joseph O’Dell.
La semaine prochaine, quatre nouvelles exécutions sont prévues en quatre jours. Trois autres le sont avant la fin du mois et une quinzaine avant la fin de l’année.
Les chiffres, explique Richard Dieter, directeur du centre d’information national sur la peine de mort (DPIC), sont dopés par les exécutions au Texas, qui avec 25 exécutions cette année a battu un précédent record qui datait de 1935. Le Texas «rattrape» les exécutions prévues l’an dernier, bloquées par un conflit alors en cours devant les tribunaux.
Les Américains, très largement favorables à la peine de mort ,ne s’en émeuvent pas, et les exécutions, la plupart par injection létale mais certaines par électrocution, sont généralement brièvement relatées en page intérieure des journaux locaux.
Coût exorbitant
Depuis que la Cour suprême a réinstauré la possibilité de la peine capitale en 1976, elle figure dans l’arsenal répressif de 38 Etats, et 30 l’ont appliquée au moins une fois.
A la faveur de l’inquiétude grandissante des Américains face à la criminalité, certains Etats ont étendu son champ d’application, accéléré les procédures.
Une loi fédérale votée en 1996 a, en outre, limité les possibilités d’appel et selon M. Dieter, même un innocent avéré aura désormais le plus grand mal à obtenir un nouveau procès.
Ces exécutions, rarissimes au début des années 80, ont commencé à augmenter significativement en 84. Elles sont passées à une moyenne annuelle de 34 dans les années 90, atteignant 56, leur nombre record en 1995.
Plus de 3.000 condamnés à mort attendent dans les prisons américaines, et il est probable que le rythme de ces exécutions va encore s’accélérer, estime Richard Dieter.
«Le rythme augmente de façon dramatique, sans aucune des sécurités que l’on serait en droit d’attendre lorsqu’il s’agit de la mort d’un homme», commente Steve Hawkins, directeur de la Coalition nationale pour abolir la peine de mort (NCADP). Il souligne également le nombre disproportionné de noirs exécutés (36,6% de toutes les exécutions en 1996, quand ils représentent 12% de la population aux Etats-Unis).
Richard Dieter voit pourtant une évolution, amorcée à la faveur du procès de l’attentat d’Oklahoma City: un sondage effectué à l’époque avait montré que 61% seulement des Américains était pour la condamnation à mort de son auteur Timothy Mc Veigh, 31% préférant la prison à vie.
Selon lui, le public prend lentement conscience que la peine de mort n’est pas dissuasive et que son coût est exorbitant, en moyenne 2,1 millions de dollars de plus que pour un condamné qui passerait sa vie en prison.
Elle n’est en outre pas exempte d’erreurs: depuis 1993, 21 condamnés à mort ont échappé à leur peine après avoir réussi à prouver leur innocence. (AFP)


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