«L’avocat de Moskowitz tente de séduire mon frère avec 150.000 dollars pour quitter la terre, mais moi je ne la quitterai que mort», a affirmé Ali Hamdallah (40 ans), qui habite avec ses trois frères, leurs femmes et leurs 17 enfants une maison à Ras el-Amoud.
Après la création de l’Etat d’Israël en 1948, la famille dont les membres travaillent dans le bâtiment avait quitté la région de Lod près de Tel-Aviv pour s’installer à Jérusalem-Est, que l’Etat hébreu occupera et annexera en 1967.
«Après la guerre de 1948, mon père a quitté ses terres à Lod et a vécu ici jusqu’à sa mort», raconte Ali. «Je m’en irai d’ici quand Israël nous restituera nos terres de Lod», lance-t-il.
Malgré l’opposition du gouvernement israélien au projet Moskowitz, approuvé par la municipalité de Jérusalem, la famille Hamdallah vit dans l’angoisse de l’expulsion de sa maison. «Ils ont essayé de nous séduire avec des indemnités pour la quitter, mais nous avons refusé catégoriquement», répète Ali.
«Nous sommes très inquiets, ne sachant pas quel sort nous réserve le lendemain», avoue une femme de la famille Hamdallah. «La terre ayant été vendue aux juifs, qu’adviendra-t-il de mes enfants?» s’interroge-t-elle.
Le millionnaire américain, lancé dans une offensive d’achats de terrains à Jérusalem-Est, est considéré comme «le banquier des colons» dont il a financé plusieurs projets visant à judaïser le secteur arabe de la ville. Son projet à Ras el-Amoud devrait loger 450 juifs parmi 50.000 Arabes.
Une question politique
Face à la maison des Hamdallah, Fouad Hadi habite la maison que son cousin avocat a quittée en 1988 pour s’installer dans la région voisine de Chayah.
«Nous sommes déconcertés. Ils peuvent investir notre maison à n’importe quel moment», confie Hadi, qui affirme avoir également refusé une indemnité proposée par l’avocat de Moskowitz.
Le lancement en mars d’un nouveau quartier juif, dit Har Homa, sur la colline d’Abou Ghneim au sud de Jérusalem-Est, avait soulevé un tollé international et causé la suspension des négociations israélo-palestiniennes.
Pour Khalil Tufekji, expert palestinien en matière de colonisation, l’aspect juridique de l’achat des terrains à Ras el-Amoud est en faveur de Moskowitz. Il estime cependant que construire une cité juive constitue une violation des quartiers résidentiels arabes de Jérusalem.
«Juridiquement, nous perdrons le procès, mais la question est avant tout politique et nous comptons sur les décisions internationales appelant au gel des implantations à Jérusalem», ajoute M. Tufekji.
Selon lui, l’édification d’une cité juive à Ras el-Amoud «deviendra un problème plus grave que celui de Hébron». La présence au cœur de cette ville autonome de Cisjordanie de 450 colons juifs a créé un foyer de tensions et de confrontations quotidiennes souvent sanglantes.
Le député-rabin d’extrême-droite Benny Elon a révélé mardi que M. Moskowitz avait refusé de vendre les terrains acquis à Ras el-Amoud à un groupe d’investisseurs palestiniens et séoudiens.
«M. Moskowitz n’a aucune intention de vendre son terrain à des Arabes. Il accepterait de parler de vendre, si les Arabes consentaient par exemple à lui vendre une partie de La Mecque», premier lieu saint de l’islam en Arabie Séoudite, a dit M. Elon. (AFP)


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