«Je crois que ces derniers jours, les chances de voir Pol Pot comparaître devant un tribunal international ont grandi tout simplement parce que maintenant, nous sommes sûrs qu’il est vivant», a affirmé Youk Chhang du Centre du génocide cambodgien.
«Auparavant, nous évoquions une possibilité, mais personne ne savait vraiment s’il était vivant ou mort, a-t-il ajouté. Maintenant c’est dans l’intérêt de l’humanité et du Cambodge de le juger pour ce qu’il a fait à ce pays».
Mais tout comme d’autres experts il a averti qu’un procès imminent était «improbable», car de nombreux facteurs de politique intérieure doivent d’abord être pris en compte.
«Tout d’abord, nous devons voir si les Khmers rouges envisagent de le remettre à quiconque et si le gouvernement cambodgien peut se mettre d’accord sur le problème. Alors, avant qu’il soit fait prisonnier, le gouvernement doit retrouver sa stabilité et envisager le problème sans être influencé par les manœuvres politiques de Phnom Penh».
Ces commentaires sont intervenus alors qu’un journaliste américain est devenu le premier Occidental depuis dix-huit ans à avoir vu vivant l’architecte des «champs de la mort» cambodgiens au cours de son «procès» dans la jungle vendredi à Anlong Veng au nord du pays.
Le dirigeant des rebelles maoïstes — aujourd’hui un vieil homme aux cheveux blancs, frêle et apparemment malade — a été condamné à la prison à vie par ses anciens camarades, selon une vidéo réalisée sur place.
Youk Chhang a qualifié le procès de «manœuvre politique» du groupe extrémiste destinée à présenter au monde une meilleure image de son mouvement.
Selon lui, «il est très difficile de prévoir ce que les dirigeants Khmers rouges et le gouvernement feront de Pol Pot, mais il faudrait faire pression sur les deux acteurs pour s’assurer qu’il passe en justice».
Un expert du Cambodge reconnaît qu’«un pas en avant a été fait vers la condamnation de Pol Pot par un tribunal international pour les crimes qu’il a commis».
«La température
de l’eau»
«Sa réapparition est une étape positive qui permettra peut-être à un tribunal international reconnu de le juger au lieu d’un tribunal de pacotille dans la jungle contrôlée par les Khmers rouges».
Mais il reste très prudent quant à la probabilité d’un tel procès. Pour lui, il aura lieu seulement si toutes les parties le jugent opportun.
«Le fait que le tribunal ait décidé de le condamner montre qu’ils ont décidé de ne pas l’utiliser comme monnaie d’échange pour acquérir une certaine respectabilité», a-t-il déclaré.
Le mouvement pourrait bien reculer à l’idée de livrer son dirigeant car cela entraînerait probablement le procès d’autres hauts dirigeants pour génocide, a estimé cet expert.
«Pour la décision finale, ce seront les considérations politiques de chaque groupe impliqué qui conduiront soit à un procès soit à son blocage», a-t-il affirmé.
D’autres experts de Pol Pot et de la politique cambodgienne pensent que les chances d’un procès international dépendent des avantages que chaque partie pourrait en retirer.
Un expert renommé du Cambodge, Christophe Peschoux, a déclaré cependant qu’il était impossible de prévoir la probabilité d’un procès avant que chaque faction ait décidé de sa position dans un paysage politique en pleine recomposition.
«On ne peut pas séparer ce qui se passe dans le nord du Cambodge du reste de la politique du pays. Chaque groupe prend ses décisions en fonction de ce qu’il pense que ses adversaires pensent», indique-t-il.
Selon lui, les Khmers rouges pourraient accepter de livrer Pol Pot — à moins que le procès ne soit qu’une parodie et qu’il soit toujours leur dirigeant — pour «se refaire une virginité politique» et obtenir des soutiens à l’intérieur et à l’extérieur du pays.
«Mais ils ne le feront que s’ils obtiennent un résultat substantiel en retour et il est trop tôt pour dire si cela sera possible. Ils ne se soucient pas de la justice, mais de l’opportunité politique».
Pour lui, les Khmers rouges ont juste «pris la température de l’eau» avec leur «procès» de Pol Pot et décideront de leur prochaine action en fonction de la réaction de la communauté internationale.
«Quant au gouvernement de Phnom Penh, bien qu’il ait demandé de l’aide pour mettre en place un tribunal, il pourrait décider de poursuivre son projet ou alors décider que garder Pol Pot comme une figure mythique leur est plus utile». (AFP)


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