Ouvertes depuis le printemps par la société britannique Telnet à Paris et dans sa proche banlieue, les boutiques «Call Box» visent délibérément la clientèle d’origine étrangère, grosse consommatrice de communications longue distance.
Arrivé depuis peu du Bangladesh, Abdul’ahad sort tout réjoui d’une longue conversation avec sa famille. Les nouvelles sont bonnes et il doit 90 FF (15 dollars) pour quinze minutes de communication, soit 50 FF (8 dollars) de moins que le tarif heure pleine de France Télécom.
«Ça pleure, ça rit (...). Tout dépend des nouvelles qu’ils ont de chez eux», explique Djamel, le jeune employé qui facture les conversations. Tout sourire, il trône devant de grandes pendules qui indiquent l’heure, de Pékin à New York ou New Delhi. Il fait partie de la trentaine de salariés, pour la plupart des jeunes issus de l’immigration, embauchés pour leur capacité à communiquer avec les clients de toute nationalité qui se pressent de 8h. à 23h. en semaine, et jusqu’à minuit le week-end.
Certains n’ont pas le téléphone et répugnent à faire la queue devant une cabine publique sur le trottoir. D’autres, comme ce vieux monsieur sénégalais, n’appellent jamais l’étranger de chez eux «pour ne pas se retrouver avec des factures incroyables».
Six boutiques «Call Box» fonctionnent déjà à plein régime à Paris. Trois autres vont ouvrir dans les semaines qui viennent respectivement dans le 13e arrondissement (sud-est) de la capitale, habité en grande partie par des immigrants asiatiques, dans le quartier de Belleville, et à Montfermeil, dans la banlieue nord de Paris.
Baisses accélérées
En province, plusieurs grandes villes comme Marseille (sud), Lille (nord) ou Lyon (centre-est) doivent suivre dans les mois qui viennent. Dans l’ensemble du pays, la société compte installer 60 boutiques d’ici à mars 1998, dont une partie en franchise.
Une «Call Box» ressemble davantage à une agence de voyages, avec ses affichettes de tarifs placardées sur la vitrine, qu’à un centre de télécommunications. Une dizaine de cabines proprettes en bois verni — dont une «familiale», plus spacieuse — sont munies de sièges confortables.
Chaque boutique réalise 7.000 FF (1.150 dollars) de chiffre d’affaires en moyenne par jour dans la semaine, et 13.000 à 15.000 FF (2.150 à 2.500 dollars) les samedi et dimanche, dépassant toutes les prévisions de la société Telnet, selon Amar Redjouani, responsable des opérations pour la France.
Telnet, qui possède une vingtaine de boutiques du même type en Grande-Bretagne depuis trois ans, s’implante également en Allemagne, en Espagne et dans les pays nordiques.
Pour proposer des tarifs inférieurs à France Télécom, Telnet achète ses communications en gros à trois fournisseurs, dont il ne souhaite pas divulguer le nom. Les communications passées depuis les cabines empruntent le réseau de France Télécom jusqu’à la plate-forme du fournisseur. Telnet, simple revendeur de communications, est équipé d’ordinateurs qui aiguillent les communications en fonction du meilleur tarif.
La différence de prix avec France Télécom risque toutefois de s’amenuiser avec le temps. Conscient de la concurrence qui se prépare pour l’an prochain à l’échelle européenne, l’opérateur national procède à des baisses de prix accélérées pour l’étranger. Après une baisse de 20% en moyenne en mars, les tarifs vont encore chuter de 17% en octobre. Sur les pays du Maghreb par exemple, la minute est moins chère chez France Télécom, mais Call Box propose un forfait de quinze minutes inférieur de 14%.
Fort de son succès, le groupe britannique compte profiter de l’ouverture du marché français à la concurrence, au 1er janvier prochain, pour proposer également des communications sur la France. (AFP)


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