Inquiet du «long silence» américain au Proche-Orient, le ministre français des Affaires étrangères Hubert Védrine a exhorté les Etats-Unis à «ne pas rester passifs», qualifiant la situation dans cette région de «gravissime».
«Les Etats-Unis ne peuvent pas rester passifs comme ils l’ont été ces derniers mois», a-t-il déclaré.
Mais les dirigeants français paraissent bien en mal d’expliquer en quoi pourrait consister une telle initiative sous double parrainage franco-américaine.
Conscient des limites de la diplomatie française, ou européenne, dans une région où les Américains sont les seuls gendarmes, M. Védrine s’est contenté d’évoquer «une complémentarité, une synergie des approches et des diplomaties» entre Paris et Washington.
Dans un entretien au quotidien «Le Monde», M. Védrine reconnaît «malheureusement» l’impuissance des grandes puissances à trouver une solution.
«Dennis Ross (le coordinateur américain pour le PO qui vient de se rendre en Israël) n’a pas obtenu beaucoup plus que Miguel Angel Moratinos», l’envoyé spécial européen pour le Proche-Orient, déclare-t-il notamment.
Les négociations israélo-palestiniennes sont interrompues depuis le feu vert donné en mars par le gouvernement de Benjamin Netanyahu à la construction d’une colonie juive à l’est de Jérusalem. En réalité, ces négociations sont au point mort depuis la victoire des nationalistes de droite aux élections législatives dans l’Etat hébreu en mai 1996.
Les volets libanais
et syrien
La situation ne porte guère plus à l’optimisme concernant les pourparlers de paix entre Israël et ses voisins syriens et libanais suspendus depuis 17 mois, alors que la tension militaire ne cesse de monter à la frontière libano-israélienne.
Cette dégradation sur le terrain traduit la crise de confiance grandissante — et sur laquelle l’Europe n’a aucune prise — entre Washington et le président syrien Hafez el-Assad. Celui-ci, confronté au blocage du processus de paix et aux nouvelles alliances régionales qui se dessinent, a décidé de sonner le signal d’alarme en amorçant un rapprochement avec Bagdad, tout en resserrant ses liens avec Téhéran, les deux bêtes noires des Américains.
Pour l’heure cependant la «petite guerre» entre Israël et les miliciens du Hezbollah chiite pro-iranien est contenue grâce au Comité de surveillance du cessez-le-feu d’avril 1996 coprésidé par la France et les Etats-Unis, et qui comprend la Syrie, le Liban et Israël.
Après s’être affrontés diplomatiquement il y a un an et demi, Paris et Washington ont tous deux exprimé le souhait de travailler plus en harmonie pour sauver le processus de paix, la France mettant l’accent sur la nécessité de travailler en «étroite liaison» avec son allié.
Mais jusqu’à présent ce travail a donné lieu à peu de résultats. Au printemps dernier, les Européens avaient ainsi proposé en vain à la diplomatie américaine une liste de dix mesures de confiance (largement inspirée par la France) visant à relancer les négociations de paix israélo-palestiniennes.
Depuis, les choses n’ont guère avancé. Si ce n’est les déclarations communes (sommet de Denver, ou sommet européen), et les appels de M. Chirac invitant le président Bill Clinton à une plus grande implication.
Revenant à plus de réalisme que son prédécesseur gaulliste, M. Védrine semble quant à lui avoir décidé de reporter son premier périple dans la région, prévu fin août au Proche-Orient, dans l’attente des résultats de la tournée que doit y effectuer tout prochainement Mme Albright qu’il rencontrera fin septembre à New York lors de l’Assemblée générale de l’ONU. (AFP)

