Paradoxalement, M. Gingrich est menacé, alors même que la majorité républicaine au Congrès marque des points dans la guerre larvée qui l’oppose au président démocrate Bill Clinton sur les questions des réformes budgétaires.
Et les députés de base s’interrogent désormais sur sa capacité à maintenir le cap dans des eaux politiques de plus en plus agitées.
M. Gingrich, 54 ans, l’homme fort de «la révolution conservatrice» et leader des jeunes Turcs qui ont reconquis le Congrès en 1994 après des décennies dans l’opposition, avait été pris pour cible par les démocrates qui avaient orchestré une campagne nationale de publicité négative autour de sa personne à l’approche des élections de novembre dernier.
Les républicains ont conservé leur majorité au Congrès mais M. Gringrich a alors été épinglé, en début d’année, pour une affaire de fraude fiscale touchant à ses fonds politiques.
Et peu après sa réélection au poste de speaker — constitutionnellement le quatrième personnage du pays — M. Gingrich a été officiellement sanctionné par la Chambre et condamné à payer une amende de 300.000 dollars.
Depuis lors, il avait maintenu un profil bas, puis était revenu sur le devant de la scène sans pour autant regagner l’initiative politique.
La semaine dernière, M. Gingrich a contraint un de ses proches, Bill Paxon, à démissionner de son poste de dirigeant républicain pour avoir entretenu des «contacts» avec une vingtaine de dissidents républicains qui appellent quasi ouvertement au départ du speaker.
M. Paxon s’est défendu d’avoir fomenté une trahison, mais a reconnu avoir perdu la confiance du «speaker».
D’autres leaders républicains seraient également impliqués dans le complot et auraient même encouragé les députés de base à une révolte dans le but de remplacer M. Gingrich.
Le leader de la majorité républicaine à la Chambre, Dick Armey — politiquement le numéro deux — n’aurait dénoncé le complot qu’une fois convaincu qu’il n’allait pas hériter du siège de «speaker».
Et Tom DeLay, un chef de file du parti, serait également impliqué dans le complot, selon les élus de base.
Une purge du leadership républicain demeure possible mais pourrait ne pas calmer le jeu pour autant.
Les républicains les plus conservateurs craignent désormais que M. Gingrich ne fasse des concessions au président Clinton dans le but d’obtenir un accord sur les réductions d’impôts et de redorer ainsi son image.
Et d’autres députés redoutent d’éventuelles nouvelles «révélations» concernant le «speaker» à un moment où des enquêtes parlementaires sont engagées pour faire la lumière sur les affaires de financement illicite de la campagne électorale 1996.Une commission sénatoriale, convoquée à l’origine pour se pencher sur les scandales financiers des démocrates, entendra par exemple cette semaine l’ancien président du Parti républicain Harley Barbour, accusé d’avoir accepté des fonds de campagne de l’étranger par l’intermédiaire d’un lobby républicain, le National Policy Forum.
Or ce même lobby a reçu une contribution douteuse de 50.000 dollars de la part de la fille d’un riche homme d’affaires indonésien, Ted Sioeng, en juillet 1995, cinq jours seulement après que M. Sioeng eut rencontré M. Gingrich. (AFP)


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