A la différence des schémas plus européens envisagés par le gouvernement d’Alain Juppé, la nouvelle procédure de privatisation — la troisième en un an qu’entend mener la gauche — devrait être strictement franco-française dans un premier temps, avant une ouverture ultérieure à des partenaires étrangers.
Le ministre de l’Economie et des Finances Dominique Strauss-Kahn a reconnu publiquement pour la première fois, mercredi devant la commission de défense de l’Assemblée nationale, que le gouvernement de Lionel Jospin avait décidé d’abandonner la majorité que détient l’Etat dans le capital de Thomson-CSF (58%) pour y permettre l’entrée d’autres acteurs industriels.
M. Strauss-Kahn a estimé que la réduction de la part de l’Etat à une minorité de blocage (33%) serait «une bonne solution».
«Le gouvernement veut faire en sorte que la puissance publique conserve un rôle suffisant dans la maîtrise des développements à venir ainsi que dans l’orientation des choix et des alliances futures», a expliqué le ministre aux députés.
L’idée d’une privatisation de Thomson-CSF avait été catégoriquement rejetée par l’ensemble de la gauche, Lionel Jospin en tête, avant les élections qui l’ont amenée au pouvoir le 1er juin.
M. Jospin avait toutefois indiqué le 21 juin, lors du salon aéronautique du Bourget, que le gouvernement de gauche aborderait «sans tabou» la question de la restructuration des industries de défense françaises. M. Strauss-Kahn a souligné de son côté mercredi que le gouvernement avait choisi de régler l’affaire Thomson «avec un grand pragmatisme».
Le gouvernement va donc «lancer une nouvelle procédure dans les prochaines semaines» pour se désengager du capital de Thomson-CSF, a indiqué le ministre qui s’est abstenu de prononcer le mot de «privatisation».
Candidats déclarés à la reprise de Thomson-CSF dans le cadre du précédent processus de privatisation, Alcatel, Dassault et Matra (groupe Lagardère) ont affirmé la semaine dernière leur volonté de s’adapter aux nouvelles règles du jeu fixées par le gouvernement de M. Jospin, à condition de disposer d’une participation majoritaire dans le capital leur garantissant la gestion du groupe.
Le gouvernement, a indiqué M. Strauss-Kahn, espère régler «avant la fin de l’année» un dossier qui traîne depuis 18 mois.
Outre le fait que l’Etat conservera une part significative dans le capital de Thomson-CSF, le projet de privatisation auquel la gauche s’est ralliée prévoit explicitement que l’opération se fera dans le cadre «d’un regroupement français, avant que celui-ci ne s’ouvre vers les partenaires européens», a indiqué M. Strauss-Kahn. Cela constitue une autre différence importante avec le projet Juppé, a-t-il noté. (AFP)


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