A la tête d’une mission d’urgence d’un organisme d’Etat, la Fondation nationale de l’Indien (Funai), il vient d’établir le tout premier contact avec les Indiens Korubo, menacés de disparition dans la réserve de la vallée de Javari (Ouest).
«Le contact ne peut être qu’une solution de dernier recours destinée à éviter l’extermination d’un groupe», explique Possuelo.
A 57 ans, ce fils spirituel des frères Villas Boas, fondateurs de la réserve du Xingu (Etat du Mato Grosso) qui lui ont transmis dans les années 60 leur passion pour la cause indienne, en est à son neuvième «premier contact» avec des tribus. Il reste aujourd’hui au Brésil 22 tribus n’ayant encore jamais eu de rapport avec l’extérieur et 55 sites présumés où d’autres seraient établies.
Ignorant tout de la notion de réserve, les Korubo, eux, se risquaient depuis des années en lisière de forêt, terrorisant les pêcheurs blancs auxquels ils volaient des objets en métal. Les pêcheurs, installés dans de misérables barraques le long de la rivière, n’hésitaient plus à tirer pour défendre leurs casseroles, couteaux et autres machettes.
Quatre mois d’innombrables subterfuges et des nerfs à toute épreuve ont été nécessaires à Possuelo et son équipe pour provoquer une première rencontre pacifique, en octobre dernier, après 25 ans de tentatives infructueuses. Neuf membres de la Funai avaient été tués à coups de massue lors de trois précédentes expéditions.
La menace
des maladies
Les autorités évitent dans la mesure du possible d’entrer en contact avec les tribus isolées, de crainte de leur porter préjudice: les préparer au choc du monde est un travail presqu’impossible, explique Possuelo.
«Avant, on les approchait systématiquement, dans le cadre de politiques expansionnistes, routes, haciendas, barrages. Aujourd’hui, on répertorie leurs positions pour éviter que ces projets n’empiètent sur leurs territoires», poursuit-il.
Un peu plus de 300.000 Indiens, selon des statistiques officielles, ont survécu sur les 3 à 5 millions présents lors de la découverte du Brésil, en 1500. Le pays compte aujourd’hui 160 millions d’habitants.
«Les Indiens sont d’abord menacés par les maladies», explique Possuelo, sans grand espoir toutefois de voir la situation s’améliorer puisqu’«on a déjà du mal à satisfaire les besoins des Blancs des villes…»
Il faut ajouter à cela les conflits avec les pêcheurs riverains, les exploitants de bois précieux, ou encore les trafiquants de cocaïne venus de la Colombie ou du Pérou voisins.
«Nous avons obtenu des autorités qu’elles détruisent la piste d’atterrissage construite en pleine réserve par les narcotrafiquants», se réjouit Possuelo, balayant d’un revers de main les menaces de mort, «les risques du métier», reçues depuis qu’il a entrepris de fermer l’accès à la réserve de Javari. Ses proches et les ONG qui le soutiennent craignent qu’il ne suive l’exemple de Chico Mendes, syndicaliste assassiné en 1988 par des propriétaires fonciers.
«La seule solution est la démarcation des terres», martèle-t-il, estimant avoir attribué, comme président de la Funai de 1991 à 93, autant de terres aux Indiens que le Brésil en quatre-vingts ans. Lui qui a adopté la devise «la mort plutôt que tuer un Indien» tempête contre le manque de moyens, la corruption. Mais surtout contre cette «honte» que génère, selon lui, chez les Brésiliens la présence chez eux d’hommes «sauvages et nus». (AFP)

