La réponse définitive à une question qu’on cherchait depuis près d’un siècle et demi dans des grottes d’Europe et d’Asie a été trouvée dans une éprouvette: l’homme de Neandertal n’est pas notre ancêtre, a tranché, il y a quelques jours, une équipe de généticiens.
La vraie nouvelle concerne plutôt ce grand succès de l’application de la génétique à la paléontologie que le sort des hommes préhistoriques concernés qui, pour beaucoup, étaient déjà un rameau mort de l’arbre généalogique de l’humanité. La datation de nombreux fossiles avait révélé que ceux qui étaient considérés comme des ancêtres avaient en fait côtoyé pendant des millénaires leurs «descendants»…
Il n’en est pas moins vrai que le verdict issu de la comparaison entre un échantillon d’ADN (acide désoxyribonucléique) prélevé sur le tout premier ossement, trouvé en 1856 dans la vallée de Neander (Neander Thal), près de Dusseldorf, et ceux d’hommes modernes issus de populations diverses, a permis de trancher.
Le professeur Chris Stringer, du Musée d’histoire naturelle de Londres, n’a pas hésité à comparer l’importance du travail de l’équipe de l’Université de Munich et de l’Université d’Etat de Pennsylvanie à l’atterrissage de la sonde américaine Pathfinder sur Mars.
Cette comparaison pourrait d’ailleurs s’appliquer aussi au caractère très délicat des deux opérations. Trouver du matériel génétique fossile suffisamment préservé, puis parvenir à l’analyser, est une tâche dont le succès n’est guère plus garanti que celui d’une sonde envoyée vers une autre planète.
En effet, selon Eva-Maria Geigl, de l’institut Jacques Monod, à Paris, les molécules d’ADN ancien sont, d’une manière générale, fortement fragmentées et altérées, ce qui interdit de les faire «parler». La conservation de l’ADN ancien est le résultat de circonstances rarissimes dans un environnement particulier: glace, déserts, tourbières, cavernes, ambre…
Spore «réanimée»
Heureusement, exceptionnel ne veut pas dire inexistant. C’est ainsi que des indications intéressantes ont été obtenues sur des plantes, des animaux et des humains âgés de plusieurs centaines à plusieurs millions d’années. Une nouvelle discipline scientifique à part entière, la paléogénétique, à cheval sur la paléontologie, la génétique et la biologie moléculaire, a ainsi pu naître.
Conçue à l’origine pour l’étude de tissus frais à des fins médicales (dépistage de maladies héréditaires…) ou criminologiques (identification à partir d’une goutte de sang séché ou d’un cheveu…), la technique d’étude d’ADN a permis notamment de retracer les liens entre les Indiens d’Amérique et les populations du Nord-Est asiatique, d’établir le degré de parenté entre le mammouth vieux de plus de dix mille ans et les éléphants actuels, d’analyser l’ADN de feuilles de magnolia de 17 millions d’années, voire celui d’un charançon de 135 millions d’années.
Outre les résultats tout à fait probants, l’application de la génétique à la préhistoire a suscité beaucoup de fantasmes, qui ont abouti non seulement au film «Jurassic Park», mais aussi à l’annonce, en 1995 par une équipe scientifique, de la «réanimation» d’une spore provenant d’une bactérie elle-même isolée dans une abeille emprisonnée depuis 35 millions d’années dans un morceau d’ambre.
Même si ce résultat a été vivement contesté au sein de la communauté des chercheurs, car la possibilité de ramener à la vie des organismes disparus relève de la science-fiction, la préhistoire «secouée» dans l’éprouvette n’en promet pas moins de nombreuses surprises à l’avenir. (AFP)

