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Actualités - Chronologie

La France au milieu du gué de la réintégration

La réintégration de la France ne sera pas à l’ordre du jour du sommet de l’Otan à Madrid mais cette pause a sans doute facilité l’harmonisation des positions de l’Elysée et de Matignon en période de cohabitation.
«La question particulière des relations de la France au sein de l’Alliance atlantique ne sera pas abordée à Madrid puisque nos conditions ne sont pas aujourd’hui satisfaites», a déclaré la porte-parole de l’Elysée, Catherine Colonna.
La France est «disponible» pour poursuivre avec ses alliés la recherche d’un «meilleur partage des responsabilités entre Européens et Américains» mais «la balle est plutôt dans le camp de nos partenaires», en particulier Américains, a-t-elle ajouté.
La France ne rejoindra donc pas à Madrid les structures militaires intégrées de l’Alliance atlantique que le général de Gaulle lui avait fait quitter en 1966.
Reste en revanche acquise sa participation au Conseil des ministres de la Défense et au comité militaire (chefs d’état-major) de l’Alliance qui avait été annoncée le 5 décembre 1995 par le président Jacques Chirac.
Le chef de l’Etat français avait alors précisé que la poursuite du processus de réintégration de la France dépendrait des progrès de la rénovation de l’Otan et, en particulier, de l’affirmation en son sein d’un «pilier européen».
Cette rénovation passe notamment par la simplification, le regroupement et, en tout cas pour la France, l’européanisation d’une structure militaire extrêmement complexe et lourde de 65 quartiers généraux employant 17.600 personnes.
Sont acquises la mise en place d’un adjoint européen auprès du commandement stratégique de la zone Europe (Saceur), qui reste américain, comme l’officier général chargé du commandement stratégique de la zone Atlantique (Saclant), et la réduction du nombre de commandements régionaux de trois à deux en Europe.
Pour rééquilibrer le partage des responsabilités, la France souhaite que ces deux commandements régionaux — nord et sud — soient confiés à des Européens. Les Etats-Unis sont restés intransigeants dans leur refus de céder le commandement sud.
«Le vrai problème, c’est que le commandement sud de l’Otan c’est notre VIe flotte et on ne peut pas diviser ce commandement sud. C’est impossible dans le contexte actuel», a réaffirmé le président américain, Bill Clinton.
«C’est un faux argument. Il n’a jamais été question pour nous que la VIe flotte passe en quoi que ce soit sous la coupe de l’Europe», réplique-t-on de source française.

Recentrage sur
l’objectif européen

Si la question du commandement sud a pris une dimension symbolique, la rénovation de l’Alliance atlantique achoppe aussi sur la réorganisation des sous-commandements régionaux que se disputent les alliés, ajoute-t-on de même source.
La pause dans le processus de réintégration de la France permet en tout cas à la France de la nouvelle cohabitation de parler d’une seule voix, estiment les observateurs.
Avant de revenir au pouvoir, le Parti socialiste et Lionel Jospin avaient dénoncé un rapprochement qu’ils avaient jugé inutile, concédé sans contrepartie des Américains et en rupture avec la politique d’indépendance instaurée par le général de Gaulle.
Une déclaration du porte-parole du Quai d’Orsay, le 27 juin, affirmant que «les conditions posées à la poursuite du processus (n’étaient) pas remplies», a fait penser à un «couac» dans les relations entre le gouvernement et la présidence.
Mais dès le mercredi suivant, lors d’un Conseil restreint, le président, le premier ministre et les ministres concernés se mettaient d’accord sur un communiqué. Ce dernier confirmait que les conditions françaises n’étaient pas réunies mais ajoutait que la France était prête à poursuivre les discussions.
Le gouvernement et Jacques Chirac se sont retrouvés sur l’objectif du développement d’un «pilier européen» au sein de l’Otan et, plus largement, d’une défense européenne, objectif que ne peuvent guère renier des socialistes attachés à la construction européenne dans toutes ses dimensions.
Ni l’Elysée ni Matignon ne veulent cependant se prononcer aujourd’hui sur l’après-Madrid.
«La France n’a pas intérêt à rester isolée trop longtemps», souligne un diplomate familier de ce dossier, «mais l’Alliance n’a pas intérêt non plus à se priver trop longtemps d’un allié dont la situation géographique est stratégique et qui possède l’une des trois grandes armées d’Europe occidentale».
Bill Clinton a déclaré qu’il espérait un retour rapide de la France dans le commandement intégré de l’Otan.
«Ceci suppose, de la part de nos partenaires, et d’un partenaire en particulier, qu’on se montre plus qu’aujourd’hui prêt à un véritable partage des responsabilités, puisqu’il semble qu’aujourd’hui les Etats-Unis ne soient pas prêts à aller jusqu’au bout de la logique de réforme de l’Alliance» a répliqué l’Elysée, le lendemain, par la voix de Catherine Colonna. (REUTER)s
La réintégration de la France ne sera pas à l’ordre du jour du sommet de l’Otan à Madrid mais cette pause a sans doute facilité l’harmonisation des positions de l’Elysée et de Matignon en période de cohabitation.«La question particulière des relations de la France au sein de l’Alliance atlantique ne sera pas abordée à Madrid puisque nos conditions ne sont pas aujourd’hui satisfaites», a déclaré la porte-parole de l’Elysée, Catherine Colonna.La France est «disponible» pour poursuivre avec ses alliés la recherche d’un «meilleur partage des responsabilités entre Européens et Américains» mais «la balle est plutôt dans le camp de nos partenaires», en particulier Américains, a-t-elle ajouté.La France ne rejoindra donc pas à Madrid les structures militaires intégrées de l’Alliance atlantique que...