Le coût exorbitant de cette fibre atteint 900 dollars le kilo et encourage un marché noir alimenté par une mafia de braconniers qui ont mis en péril la survie de l’espèce, précise un responsable militaire de la région, Jose Sarmiento.
Le cheptel mondial de ces petits camélidés est actuellement estimé à 200.000 têtes, réparties principalement au Pérou, ainsi qu’en Bolivie, Chili, Equateur et Argentine. Il y a vingt ans, il était en voie d’extinction avec moins de 10.000 têtes.
Le 18 juin dernier au Zimbabwe, la Cites, la Convention sur les espèces menacées, a confirmé l’autorisation d’exportation de produits de luxe en laine de vigogne. A la demande du Pérou, la Convention internationale a aussi accepté le label «vigogne-pays d’origine».
Aujourd’hui, après une protection draconienne décidée en 1992, le Pérou accueille plus de la moitié du total mondial de vigognes, soit environ 96.000 têtes, selon les chiffres du Conseil national de camélidés sud-américains (Conacs).
Durant toute la dernière semaine de juin, plus de 2.000 paysans venus de toutes les Andes péruviennes se sont réunis dans la réserve de Pampa Galeras, à 500 kilomètres au sud de Lima et 4.000 mètres d’altitude, pour participer à un quatrième «Chaccu». Ce rite Inca, interdit durant la colonisation espagnole, est ressuscité depuis 1993.
300 grammes par animal
Le jour du «Chaccu», les paysans forment un cordon humain de plusieurs kilomètres qui, petit à petit, se resserre jusqu’à acculer le troupeau dans un enclos. Vivant toujours en semi-liberté, les animaux affolés tentent en vain de rompre l’encerclement. Le nuage de poussière dissipé, apparaissent souvent les corps de jeunes vigognes écrasés dans la panique.
Cette année, le président Alberto Fujimori, présent aux précédents «Chaccu» n’a pu venir. En son nom, le vice-ministre de l’Agriculture Rodolpho Masuda, va donc se plier à l’antique coutume Inca. Il incise l’oreille d’une vigogne en récupère le sang dans un verre, puis avant de le boire, se marque le visage de traces rouges.
«Ce fut un bon Chaccu, nous avons capturé environ 2.500 têtes, ce qui représente plus du double de l’année dernière», se réjouit Carlos Espinoza, président de la Société nationale de vigognes (SNV).
La SNV, seule entité autorisée à commercialiser cette «fibre textile spéciale», prévoit de récupérer cette année entre trois et cinq tonnes de laine, une augmentation considérable comparée aux maigres 1.200 kilos collectés en 1996.
Le prix faramineux de la laine de vigogne s’explique évidemment par sa rareté. Chaque vigogne en produit au maximum 300 grammes, avec seulement une tonte tous les trois ans. Deux toisons au moins sont nécessaires pour confectionner une veste, dont le prix peut monter à 4.000 dollars.
La SNV a mis en place un programme de lutte intensive contre le braconnage, avec un appui technique et logistique aux communautés paysannes, désormais armées pour protéger des troupeaux éparpillés sur les hauteurs andines. Le trafic a enfin «considérablement diminué», grâce au Chaccu et à l’organisation des petits producteurs, estime José Sarmiento.
Mais, selon les responsables militaires de la région, «cette mafia reste très puissante. Elle arme les braconniers en mitraillettes sophistiquées et contrôle un réseau international de commercialisation qui transite par la Bolivie». Comme les vigognes, les trafiquants ne connaissent pas les frontières (AFP).


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