«C’est du jamais vu», commente un habitué de ces grandes rencontres de l’OTAN pour lesquelles tout ou presque est en principe réglé d’avance. Les Etats-Unis veulent n’inviter à adhérer que trois pays d’Europe de l’Est (Pologne, République tchèque, Hongrie), contre l’avis de la France et de l’Italie notamment, qui demandent d’y ajouter la Roumanie et la Slovénie. Les Pays-Bas ont indiqué qu’ils adopteront une «attitude flexible».
Paris a récemment proposé comme compromis d’inviter à adhérer les cinq candidats les mieux placés en échelonnant dans le temps leur intégration dans l’OTAN, en fonction de leurs progrès respectifs. Washinton ne s’est pas prononcé publiquement sur cette offre.
Selon des diplomates à Bruxelles, une autre formule de consensus pourrait prévoir un engagement plus ou moins ferme des alliés à ouvrir à nouveau leur porte en 1999, année au cours de laquelle un nouveau sommet de l’OTAN sera réuni à Washington pour le 50e anniversaire de sa création (4 avril 1949).
«Citer de futurs adhérents» dans la déclaration de Madrid «serait exclure les autres», mais «il pourrait y avoir quelque chose évoquant la perspective de 1999» pour un nouvel élargissement de l’Alliance, indique un diplomate.
Intransigeant jusqu’à présent, le président américain Bill Clinton a parlé jeudi de la possibilité d’une nouvelle ouverture dans deux ans.
«Est-ce que je crois que nous devrions envisager de nous élargir vers le sud quand nous nous retrouverons en 1999? Je le crois sans aucun doute», a-t-il dit, en citant pêle -mêle la Roumanie, la Slovénie, l’Autriche, la Bulgarie et les pays baltes.
Etendre la stabilité
en Europe
Historique, le premier élargissement de l’Alliance à trois pays d’Europe centrale vise officiellement à étendre la stabilité en Europe en supprimant les divisions héritées de la Deuxième Guerre mondiale. Dans les faits, cet argument n’a pas été très convaincant jusqu’à présent.
L’élargissement s’est heurté à une ferme opposition de la Russie, atténuée depuis la conclusion fin mai d’un Acte fondateur lançant de nouvelles relations entre les deux parties. Il a divisé les alliés sur le choix des premiers invités, alors que tous reconnaissent que l’instabilité menace davantage le sud de l’Europe que le centre ou le nord.
«Les pays du sud estiment que les Etats -Unis se moquent d’eux, sans prendre en compte leurs préoccupations de sécurité», indique un diplomate, en faisant part de l’«exaspération» des Européens face à l’«arrogance» américaine qui dépasse désormais la seule question de la candidature roumaine.
Précipité par Washington, plus gros contributeur financier de l’Organisation, l’élargissement va bénéficier à des pays dont la sécurité n’est pas menacée en renforçant la position inconfortable de candidats (Baltes notamment) qui seront recalés, ont dénoncé enfin des analystes.
«Ce ne sera pas le sommet que l’on avait espéré, de l’union et d’une nouvelle OTAN», regrette un diplomate, en évoquant la réforme inachevée de l’«européanisation» de l’Alliance et de la structure militaire intégrée.
La France a décidé de se maintenir dans l’immédiat hors de cette structure après avoir échoué à obtenir des Etats-Unis un rééquilibrage des pouvoirs entre Américains et Européens au sein de l’Organisation. L’Espagne devrait pour sa part confirmer son intention d’y participer alors que le projet à l’étude se heurte toujours à des exigences nationales incompatibles avec l’idée d’une structure réduite et plus économique.
Au cours du sommet de Madrid qui sera élargi pour la première fois lors de la deuxième journée aux 28 partenaires est-européens et neutres de l’OTAN, les alliés signeront une charte de coopération avec l’Ukraine et confirmeront un renforcement du programme de coopération militaire du Partenariat pour la Paix et d’un dialogue mené avec six pays de la région méditerranéenne. (AFP)

