Recevant son homologue Azéri Haydar Aliev, il l’a accueilli au Kremlin avec l’énergie qui le caractérise.
«Nous allons passer en revue tous les problèmes existant (entre nos deux pays), signer les documents (appropriés) et envisager l’avenir», lui a-t-il dit sur le ton volontariste qu’il affectionne, notamment depuis son retour aux affaires.
Réélu le 3 juillet 1996 pour un nouveau et dernier mandat de quatre ans, cet homme de 66 ans n’a, en tout et pour tout, passé que quelques semaines au Kremlin au cours de l’année écoulée.
Mais, visiblement soucieux de rattraper le temps perdu, il a mis les bouchées doubles durant cette courte période.
«Le président a été malade huit mois sur douze mais, grâce à Dieu, il a pu travailler les quatre autres mois», soulignait récemment le député de l’opposition démocrate Grigori Iavlinski.
Entre le 9 août, date de son investiture, et son opération à cœur ouvert du 5 novembre, Boris Eltsine est resté confiné dans sa résidence de Zavidovo, à une centaine de kilomètres de Moscou.
Après une furtive réapparition à la fin de l’année, il a dû à nouveau être hospitalisé pour quelques semaines à la suite d’une pneumonie qui, si l’on en croit ses médecins, ne serait en rien liée à ces ennuis cardiaques.
Entretenant — sciemment ou non — l’image d’un chef d’Etat robuste et impatient de revenir aux affaires, les esculapes du Kremlin assurent que leur patient a contracté un refroidissement après un bref séjour au sauna avec son «ami Helmut (Kohl)».
Si le président russe est officiellement rétabli, il n’en reste pas moins que la fatigue a encore, de temps à autre, raison de sa résistance comme ce fut le cas à Baden-Baden en avril ou à Denver le mois dernier.
Kyrielle d’accords
Depuis sa réapparition publique du 23 février, Boris Eltsine a fait montre d’une forte activité diplomatique.
Le 2 avril, il signait à Moscou un traité d’union avec son homologue biélorusse Alexandre Loukachenko.
Le 12 mai, il enterrait officiellement la hache de guerre avec le président tchétchène Aslan Maskhadov.
Le 27 mai, il se rendait à Paris pour y parapher l’Acte fondateur avec les dirigeants des pays de l’OTAN.
Quatre jours plus tard, il signait à Kiev le traité d’amitié et de coopération russo-ukrainien que le litige sur la Flotte de la mer Noire l’empêchait depuis cinq ans de conclure.
Le 19 juin, il arrivait à Denver, capitale de l’Etat américain du Colorado, pour une réunion du G7 rebaptisée «sommet des Huit» pour souligner le rôle accru de la Russie dans le concert des nations les plus industrialisées.
Enfin, le 27 juin, il recevait au Kremlin les dirigeants de l’opposition et du pouvoir tadjiks venus y signer en grande pompe un traité mettant officiellement fin à la guerre civile.
Même ses adversaires en conviennent: malgré le caractère déclaratif de certains d’entre-eux, ces documents — les traités avec la Biélorussie et avec l’Ukraine, notamment — représentent des «avancées significatives».
Bilan en demi-teintes
Sur le plan intérieur, le bilan reste plus mitigé.
Pressé par le temps, Boris Eltsine fait l’impossible pour respecter ses engagements électoraux. En apparence du moins.
«Boris Eltsine s’est vite trouvé confronté à un dilemme: ou bien respecter ses promesses et provoquer une forte crise économique, ou bien renoncer à son programme électoral et provoquer une crise sociale tout aussi forte», relève, dans un éditorial, l’hebdomadaire «Obchtchaia Gazeta».
S’appuyant sur un gouvernement rajeuni contraint de «jouer les pompiers» — pour reprendre l’expression d’un député de l’opposition —, et sur les résultats «positifs» revendiqués par son premier ministre Victor Tchernomyrdine, le chef du Kremlin a visiblement opté pour la première solution.
Il a obligé le gouvernement à couvrir la totalité de sa dette envers les pensionnés et se fait fort de faire de même d’ici la fin de l’été avec les militaires, les médecins et le personnel enseignant.
La plupart des experts économiques s’interrogent toutefois sur la provenance de cette manne subite et sur la portée de ces mesures dans le long terme.
Comme s’ils voulaient par avance se dédouaner d’un éventuel échec, les jeunes ministres «réformateurs» accusent les communistes et leurs alliés, majoritaires à la Douma, d’entraver leur action en refusant de voter des mesures sociales et des réductions budgétaires jugées essentielles.
Contrairement aux benjamins du gouvernement, Boris Eltsine n’a pas encore évoqué une éventuelle dissolution de la Chambre.
Mais il a clairement laissé entendre qu’il aiderait l’exécutif à mettre ses projets en œuvre, si nécessaire en passant au-dessus de la Douma. Autrement dit, qu’il pourrait décider de gouverner par décrets, quitte à provoquer un regain de tension avec la Douam en dépit de ses promesses de faire de 1997 «l’année de la réconciliation et de la concorde».
«Pour moi, cela a été une année très difficile. Mais elle m’a changé sur le plan humain. Dans le sens d’une amélioration, j’en suis sûr», a-t-il cependant assuré peu avant d’enregistrer un «message à la nation» consacré au bilan de l’année écoulée. (Reuter)


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