L’affaire s’étant jouée finalement entre la Banque libanaise Audi et le groupe séoudien, le conseiller du président de la banque Audi, M. Freddie Baz, a fait part, à «L’Orient-Le Jour», de son regret que le Crédit libanais ne soit pas revenu à une banque libanaise. M. Baz a poursuivi: «Cela aurait accéléré le processus de consolidation du secteur bancaire libanais, ce qui aurait permis à celui-ci d’affronter les défis de la période à venir. Cependant, si le gouverneur de la Banque du Liban et son conseil central ont porté leur choix sur le consortium séoudien, c’est qu’ils y ont vu un intérêt pour le Liban. Nous sommes respectueux de cette décision et nous estimons que ce qui est dans l’intérêt du Liban est dans l’intérêt de la banque Audi».
Le consortium séoudien, considéré comme proche de la famille régnante, réunit deux holdings. Le premier, «Capital Investments Holding-Bahrein», détiendra les 65% des actions du Crédit libanais. Présidé par Khaled Salim Ben Mahfouz, il a pour administrateurs MM. Abdallah Salim Bhamdan, Abdallah el-Séoudi, Mohamed Hussein el-Ammoudi, Abdallah Mohamed Bssouddan et Khaldoun Bakri Barakat.
Le second holding, le «Capital Investments Holding-Liban», détiendra 32% des actions. Présidé par Khaled Salim Ben Mahfouz, il a pour administrateurs MM. Abdallah el-Séoudi (Séoudien), Paul Philippe e Pierre-Paul Caland (Libanais).
A la BDL on affirme que le Crédit libanais reste une banque libanaise car il s’agit d’une acquisition non pas par une banque séoudienne mais par des investisseurs séoudiens et libanais et cela conformément à la loi libanaise qui exige un actionnariat libanais obligatoire à hauteur de 30%. Aussi, peut-on lire dans le communiqué de la BDL que cette «vente va renforcer la coopération entre les secteurs bancaire et financier en Arabie Séoudite et au Liban».
M. Nasser Saïdi, premier vice-gouverneur de la BDL, souligne que cela «témoigne de la confiance étrangère dans le secteur bancaire libanais et répond à notre stratégie d’ouverture vers les marchés internationaux et financiers». Cette opération, poursuit M. Saïdi,« constitue une ouverture très importante vers les pays arabes et du Golfe qui, finalement, sont ceux qui appuient le Liban. Ils sont les plus grands investisseurs et cette fois, l’investissement n’est pas dans des terrains mais dans un secteur productif».
Et M. Saïdi de souligner par ailleurs: «Nous avons réalisé la transaction sans intermédiaire».
Ouverture
et réciprocité
Autrement dit, cela a permis d’économiser les montants qu’auraient représenté les commissions des banques d’affaires et qui oscillent généralement, pour ce genre d’opérations, entre un, trois et même parfois 5% du montant de l’opération.
Pour M. Farid Raphaël, PDG de la Banque Libano-Française, cette transaction est bienvenue dans la mesure où, à «l’ère de la mondialisation, il ne faut plus craindre l’entrée des étrangers. Quarante pour cent de la Bourse française sont aujourd’hui détenus par des étrangers». «D’ailleurs, poursuit M. Raphaël, je préfère voir le Crédit libanais aux mains d’un groupe séoudien plutôt qu’à celles d’une grande banque internationale qui aurait été, dans une perspective de paix régionale, d’une concurrence féroce pour les banques libanaises».
Ce même son de cloche, on le retrouve auprès de M. Fadi Amatoury, conseiller du président de la banque Saradar et administrateur.
«Plusieurs institutions bancaires étrangères internationales», affirme M. Amatoury, «sont déjà installées au Liban. Pourquoi pas un consortium séoudien, qui serait le plus grand groupe arabe bancaire présent dans le pays, avec l’Arab Bank?»
M. Amatoury souligne par ailleurs le fait qu’il s’agit là d’une «privatisation», la première du genre et d’ailleurs la seule possible dans le secteur.
Si cette transaction est plutôt accueillie favorablement, quelques interrogations demeurent cependant. Ainsi une source autorisée à l’Association des banques souligne qu’un autre montage aurait pu être imaginé. D’autant plus que le groupe Ben Mahfouz est actionnaire majoritaire de la première banque séoudienne: la SNCB, Banque nationale commerciale séoudienne, qui possède une branche au Liban.
Cette même source poursuit que «l’ouverture doit se faire dans les deux sens et elle suppose aussi la réciprocité».
A cet égard, M. Amatoury explique que la solution retenue est celle d’un montage global précisant: «Un autre montage aurait sans doute effarouché l’acheteur. Il s’agit, ne l’oublions pas, d’un investisseur de poids. Nous avons besoin de l’argent arabe».
Il est à noter que MM. Paul-Philippe et Pierre-Paul Caland sont actionnaires majoritaires de la Near East Commercial Bank (NECB).
Cela doit-il augurer d’une fusion des trois entités bancaires, à savoir le Crédit libanais (fraîchement acquis), la branche libanaise de la SNCB et la NECB? Il est encore prématuré d’en parler, semble-t-il.
Il convient de rappeler pour conclure que le Crédit libanais, qui est le dixième des 82 établissements financiers opérant au Liban, dispose d’un réseau de plus de 40 branches employant quelque 900 personnes.
Nayla ABI KARAM


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