La Commission fédérale du commerce (FTC) a donné son feu vert sans condition à cette opération de 14 milliards de dollars sous le prétexte que McDonnell Douglas n’est plus un constructeur compétitif sur le marché mondial.
Mais les autorités américaines exercent ainsi une pression maximale sur la Commission au moment précis où les négociations avec Boeing sont entrées dans leur dernière ligne droite.
La décision américaine tombe en effet quelques heures après que l’avionneur américain eut modifié son projet de fusion pour répondre aux critiques de la Commission européenne, qui craint pour la concurrence et la survie d’Airbus Industrie seul face à la domination du nouveau géant américain.
La coïncidence n’est pas fortuite et le message a été bien compris à Bruxelles: Washington n’accepterait pas qu’une fusion jugée compatible avec la concurrence par la FTC, organisme indépendant, soit rejetée par les autorités européennes.
Le président américain Bill Clinton a récemment fait savoir qu’il ne laisserait pas passer une telle rebuffade sans réagir, alors que la Commission européenne avait jugé le projet inacceptable dans sa première mouture.
L’exécutif européen s’est refusé à tout commentaire sur les détails de la nouvelle offre de Boeing reçue lundi à minuit.
«Nous allons analyser ce que nous avons reçu», a déclaré le porte-parole du commissaire à la Concurrence, Karel van Miert, en confirmant l’échéance du 23 juillet pour la décision finale.
Les représentants de Boeing se montrent plus prolixes et estiment — c’est de bonne guerre — que les modifications apportées au projet devraient rassurer la Commission européenne.
«Nous avons soumis des propositions constructives dans chacun des domaines qui ont été identifiés» lors des pourparlers de la semaine dernière, a déclaré à Reuter le vice-président de Boeing pour les Affaires européennes, Jim Frank.
La Commission s’est surtout alarmée des conséquences des contrats d’exclusivité passés par Boeing avec trois compagnies aériennes américaines — Delta, American et Continental Airlines —, qui les transforment en clients captifs de l’entité.
Paradoxalement, la FTC américaine, tout en approuvant la fusion, a estimé que la Commission avait des raisons de se méfier de ces contrats «potentiellement troublants», apportant de l’eau au moulin des autorités européennes.
Boeing, qui s’est bien gardé de chercher la confrontation avec la Commission — certains, aux Etats-Unis, ont contesté sa compétence pour juger d’une fusion entre deux compagnies américaines — paraît prêt à jouer le jeu sur ce point.
Mais la seule taille du nouveau géant et le risque de voir s’entremêler les activités civiles et militaires des deux entreprises font également peur à Bruxelles.
Si McDonnell ne représente plus qu’une très faible part des ventes d’avions neufs, le nombre de ses avions en service reste supérieur à celui de l’européen Airbus, issu de l’alliance entre l’Allemagne, l’Espagne, le Royaume-Uni et l’Espagne.
Sur 10.000 avions de plus de cent places actuellement en service dans le monde, 60% sont des Boeing, 24% des MDD et 16% des Airbus; 78% des compagnies de la planète ont des flottes composées uniquement d’appareils américains.
En outre, MDD est largement impliqué dans des programmes militaires américains qui inquiètent la Commission, dans la mesure où des transferts de technologie subventionnée par des derniers publics peuvent se réaliser vers le secteur civil.
La Commission présentera vendredi son avis sur le projet de fusion nouvelle mouture au comité consultatif de la concurrence composé de représentants des Quinze, qui ont eux aussi été mis sous pression américaine cette semaine.
Si le jugement est négatif, le dossier est théoriquement bouclé et, en cas de refus de Boeing de renoncer à la fusion, la Commission peut lui imposer des amendes allant jusqu’à 10% de son chiffre d’affaires ou lui interdire l’accès au marché européen, qui représente près de 30% du marché mondial.
Mais des sources de la Commission soulignent que la menace d’un veto fait parfois bouger les choses.
«La porte serait alors ouverte à un compromis», souligne un responsable de l’exécutif européen. (Reuter)


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