Le tribunal de première instance du sud du Caire a créé la surprise en rejetant non seulement une plainte en diffamation contre l’hebdomadaire «Rose el-Youssef», présentée en 1995 par des islamistes, mais en condamnant ceux-ci à 20.000 livres égyptiennes (5.500 USD) de dommages et intérêts pour avoir diffamer les rédacteurs de ce journal laïc très populaire.
Avec à leur tête cheikh Youssef Bardi, un enseignant qui utilise systématiquement les prétoires pour imposer sa vision islamiste de la société, les intégristes réclamaient au journal 100.000 LE (30.000 USD), en accusant les «prétendus journalistes de Rose al-Youssef d’avoir vendu leur âme».
L’hebdomadaire s’en était pris en juillet 1995 à ces islamistes «insensés», spécialistes des procès à répétition contre les intellectuels.
Dans les attendus de ce jugement sans précédent, le tribunal, présidé par le magistrat Hassan Choukri, affirme que «les extrémistes sont désormais répandus dans toute l’Egypte et s’ingèrent dans les affaires des autres. Ils attendent le moment propice, fixé par leurs dirigeants, pour frapper le pays».
Contre-attaque
«L’extrémisme rétrograde existe toujours, bien que l’Etat s’efforce de l’éradiquer. Il faut que l’Etat interne tous les extrémistes dans des hôpitaux psychiatriques pour soigner leurs âmes malades».
«Alors, soit ils deviendront de bons citoyens œuvrant pour le développement de la société, soit ils resteront internés jusqu’à ce qu’ils guérissent de leur passéisme car ils veulent (…) restreindre les libertés de ce peuple pour en faire un troupeau de moutons».
Le tribunal a réfuté les attaques des avocats islamistes selon lesquelles «Rose el-Youssef» publie systématiquement «des photos de femmes nues». «La photo de la femme n’est plus excitante, aujourd’hui que nous sommes à l’aube du XXIe siècle», a estimé le tribunal.
Le rédacteur en chef du «Rose el-Youssef», Adel Hammouda, s’est félicité du jugement, affirmant que son hebdomadaire avait décidé de «contre-attaquer».
«Jusqu’à présent, nous nous contentions de nous défendre quand ils (les islamistes) nous intentaient un procès, mais nous avons décidé de passer à l’offensive et de poursuivre en justice toute personne qui portera atteinte à notre honneur», a-t-il dit.
C’est la première fois qu’un tribunal prend une position aussi catégorique à l’égard des islamistes. Ces derniers ont obtenu une série de victoires en justice ces deux dernières années, avec la condamnation pour «apostasie» de l’universitaire Nasr Abou Zeid, l’interdiction d’un film du célèbre cinéaste Youssef Chahine, la mise au ban de livres et l’autorisation de l’excision. (AFP)


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