Le jeune homme, reconnu coupable de la destruction d’un immeuble fédéral à Oklahoma City en 1995 qui a fait 168 morts, avait été en contact à plusieurs reprises avec ces mouvements d’opposants irréductibles au pouvoir de Washington.
Il adhérait aussi volontiers à leurs idées où revient souvent l’obsession de mystérieux «complots» ourdis selon eux contre leur pays par les Nations Unies. Les miliciens évoquent volontiers des hélicoptères noirs aperçus dans le ciel américain en train d’effectuer d’inquiétantes missions.
Les milices ne lui ont toutefois manifesté à aucun moment publiquement leur solidarité, à l’exception d’un homme, se présentant comme le commandant d’une milice du Colorado, qui s’était rendu à Oklahoma City, pour le début des auditions.
Et pourtant, les milices américaines se portent bien et prospèrent même. Selon l’association Klanwatch, spécialisée dans l’étude de ce type de mouvement, 380 milices armées opèrent aujourd’hui aux Etats-Unis, soit une augmentation de 6% par rapport à 1995.
Le nombre de leurs membres est généralement évalué à quelque 100.000.
Il y aurait d’autre part, toujours selon Klanwatch, 858 groupes de «patriotes», un mot désignant aux Etats-Unis les groupuscules de personnes opposées, pour une raison ou une autre, au pouvoir fédéral et qui se préparent à la résistance. Ces «patriotes» se retrouvent dans les cinquante Etats américains.
Tous ne prônent pas la violence, mais ils sont unanimes dans leur haine de Washington, à l’origine, selon eux, de tous les maux.
On y trouve des éléments très divers, depuis les personnes fragilisées économiquement en passant par d’anciens militaires victimes de la contraction des effectifs de l’armée. Mais il y a aussi les fermiers de l’Ouest exaspérés par l’application de lois fédérales ou de protection de l’environnement sur des terres qu’ils considèrent comme les leurs depuis toujours.
Deux événements dramatiques ont été perçus ces dernières années, pour tous ceux qui se défient de Washington, comme un symbole de la tyrannie du gouvernement fédéral.
Le fils et la femme d’un milicien ont été tués par les forces de l’ordre en août 1992, à Ruby Ridge, dans l’Idaho. Quelque 80 membres de la secte des Davidiens ont péri d’autre part, le 19 avril 1993 à Waco (Texas), dans l’incendie de leur propriété alors que la Sûreté fédérale y donnait l’assaut, après un siège de 51 jours.
C’est précisément pour éviter une telle réédition sanglante que le FBI a opté pour la patience et la négociations avec des séparatistes texans qui s’étaient retranchés dans le désert et auxquels la justice reprochait la fabrication de faux documents bancaires. Le siège a duré du 27 avril au 3 mai.
Depuis le drame d’Oklahoma City, les milices et «patriotes» se sont organisés en sachant profiter des possibilités du réseau Internet où ils ont ouvert plusieurs centaines de sites, dont certains prônent des idées ouvertement racistes.
De nombreuses stations de radios ont prospéré également à travers le pays et diffusent leurs messages de résistance au gouvernement fédéral et appellent à se préparer pour le grand jour, où il faudra s’insurger.
Les affaires s’en mêlent. Le filon est juteux: livres, vidéos et revues se multiplient, sans parler d’un «Guide américain de la survie» expliquant à celui qui le veut bien comment pouvoir affronter des catastrophes naturelles ou nucléaires ainsi que les plans maléfiques du pouvoir fédéral.


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