Le commissaire européen à l’Agriculture, Franz Fischler, a donné un avant-goût du volet agricole des propositions qui doivent, comme promis, rendre possible l’élargissement de l’Union sans augmentation de ses ressources financières.
«Dans l’avenir, nous devrons avoir de moins en moins recours aux mécanismes de soutien des prix», a-t-il déclaré devant le Centre des études politiques européennes (CEPS), sous peine de créer de nouvelles montagnes d’excédents ou de devoir mettre en jachère plus de 20% de la surface agricole.
La situation sur le marché mondial des produits alimentaires est pourtant plus que prometteuse pour les années à venir.
La population ne cesse de croître et la demande solvable, notamment en Amérique latine et en Asie, entraînera une hausse importante de la consommation.
La production devrait augmenter, mais moins vite que la demande, ce qui sera tout bénéfice pour les agriculteurs.
«Nous pouvons dès lors nous attendre à des prix élevés pour les matières premières agricoles dans les prochaines années», a souligné Franz Fischler devant les experts européens.
Tout irait donc pour le mieux pour le meilleur des mondes si l’Union européenne, deuxième puissance agricole du globe, pouvait profiter des possibilités qui s’offrent à elle d’exporter sa production excédentaire sur le marché mondial.
Mais elle ne le pourra pas.
Les accords passés au sein du Gatt et repris par l’Organisation mondiale du commerce (OMC) limitent drastiquement ses exportations, qui sont la plupart du temps subventionnées pour compenser la différence entre les prix mondiaux et les prix européens, plus élevés, afin d’éviter des perturbations.
Problème
franco-allemand
Pour la Commission, une baisse des prix plus accentuée que celle enregistrée dans un passé récent et compensée par des aides directes aux revenus des plus petits exploitants est donc indispensable afin de contourner les contraintes internationales et redonner aux produits agricoles européens leur compétitivité.
Le débat risque cependant de refaire rage dans l’UE, dont les ministres de l’Agriculture se réunissent lundi à Luxembourg pour le dernier «paquet-prix» plus ou moins indolore.
Les précédentes tentatives d’imposer des baisses de prix soutenues par la France, le plus grand pays agricole de l’UE et le deuxième exportateur mondial de produits alimentaires, ont toujours échoué en raison de l’opposition allemande.
Les agriculteurs allemands, qui sont souvent de petits exploitants peu compétitifs, préfèrent une politique de prix élevés assurés par des quotas de production et se soucient comme d’une guigne d’exporter sur le marché mondial.
L’axe franco-allemand a souvent été mis à rude épreuve sur ce dossier mais, jusqu’ici, l’Allemagne a toujours obtenu gain de cause, n’hésitant pas à invoquer son droit de veto dans un dossier où les décisions sont pourtant prises à la majorité.
Pour Franz Fischler, l’alternative à la baisse des prix sera soit une mise en jachère de 20% des terres — un système honni en France mais bien accepté en Allemagne — soit la reconstitution des ruineuses montagnes d’excédents des années 1980.
«Il est de mon devoir de dire qu’une nouvelle crise de surproduction menace plutôt tôt que tard», a-t-il dit en évoquant les céréales, les produits laitiers, la viande, l’huile d’olive, le vin et le sucre — tout le spectre de la production.
Même si l’UE s’élargit à dix pays, ils ne représentent que 100 millions de personnes à faible pouvoir d’achat.
En outre, ces pays sont eux-mêmes producteurs et leur adhésion aura pour effet d’accroître de moitié la surface agricole européenne et de doubler le nombre de ses paysans.
La baisse des prix est donc également justifiée pour rendre l’élargissement gérable, alors que l’Europe verte absorbe déjà la moitié des quelque 80 milliards d’écus du budget.
La marche vers la monnaie unique et le pacte de stabilité qui corsètera les budgets des membres de l’euro obligent en effet les Quinze à procéder à l’élargissement sans augmentation des ressources financières de l’Union européenne.


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