Les Etats-Unis, qui ont tout lieu de se montrer satisfaits du sommet de Denver, et leurs alliés européens, qui ont peu de raisons de l’être, ont deux semaines pour éviter qu’un autre sommet, celui de l’OTAN à Madrid, offre de nouveau le spectacle de leurs divisions.
Compte tenu de la fermeté manifestée à propos de l’OTAN à Denver par le président Bill Clinton, cette réunion des 8 et 9 juillet à Madrid, qui lancera l’ouverture à l’Est de l’Alliance, pourrait bien se transformer elle aussi en un show sans partage des Etats-Unis.
Sur les huit pays présents à Denver, les six premiers, membres de l’OTAN, se retrouveront à Madrid, où la Russie sera aussi représentée à un niveau encore non précisé.
De l’environnement, où ils ont empêché que le G8 s’engage sur une réduction contraignante des émissions de gaz carboniques, à l’Afrique, où ils ont fait adopter un «Partenariat pour le développement» d’inspiration ultra-libérale, les Etats-Unis, portés par la prospérité insolente de leur économie, ont obtenu pratiquement tout ce qu’ils voulaient à Denver, n’hésitant pas à écarter sans ménagement les objections des Européens.
Le conflit d’intérêts sur l’environnement entre Américains et Européens, qui a provoqué des réactions amères aussi bien du président français Jacques Chirac que du chancelier allemand Helmut Kohl et du président de la Commission européenne, Jacques Santer, pourrait connaître un prolongement dès cette semaine à New York lors du sommet de la terre, qui débutait lundi à l’ONU.
M. Clinton a opposé une fin de non-recevoir aux demandes de la France et de l’Italie en faveur de l’entrée immédiate dans l’OTAN de la Roumanie et de la Slovénie.
Trois ou cinq?
Il a confirmé qu’il continuait de vouloir limiter à trois le nombre des pays d’Europe centrale et de l’Est qui seront invités à Madrid à entamer des négociations d’adhésion: Hongrie, Pologne et République tchèque.
Admettre seulement ces trois pays, qui font l’unanimité des 16 membres de l’OTAN, constitue la meilleure solution pour l’Alliance, a-t-il dit, indiquant qu’il n’en démordrait pas et estimant que la division actuelle ne provoquerait pas de «dégâts durables» pour l’Alliance.
Il a aussi reconnu qu’il n’avait pas convaincu M. Chirac et le président du Conseil italien, Romano Prodi.
«Il y a toujours des différences d’opinion quant à savoir s’il devrait y avoir trois ou cinq pays admis dans la première vague», a-t-il dit, indiquant que certains en voulaient quatre.
Lors d’une réunion au niveau des ambassadeurs organisée jeudi à Bruxelles, la position des Etats-Unis avait apparemment reçu le soutien de sept membres de l’OTAN, les neuf autres souhaitant ajouter la Roumanie et la Slovénie.
Les discussions vont donc continuer en coulisses, la question étant de savoir s’il est possible, durant les deux semaines précédant l’ouverture du sommet madrilène, de trouver un compromis, ou du moins une solution qui permette de tenir compte des positions de Paris et Rome.
«Nous allons travailler d’ici à Madrid pour développer un consensus solide là où il existe un consensus», a déclaré le conseiller de M. Clinton à la Sécurité nationale, Sandy Berger, précisant qu’il se référait à la Hongrie, la Pologne et la République tchèque, puisqu’il n’y a «pas de consensus sur les deux autres».
M. Berger a expliqué que l’OTAN se prononcerait à Madrid pour ce qu’il a qualifié de «politique vigoureuse de la porte ouverte», de façon à montrer aux candidats recalés que leur adhésion n’est qu’une question de temps.
Les responsables américains restent opposés à la seule concession qui pourrait peut-être calmer le mécontentement de Paris et de Rome: l’inclusion dans le communiqué de Madrid du nom des pays qui seront admis dans une seconde vague et d’une date.
Le différend entre Washington et certains de ses alliés européens «sera résolu avant que nous quittions Madrid», a affirmé M. Berger. Les Européens peuvent simplement craindre que cela se passe comme à Denver. (AFP)


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