A la différence des deux autres impitoyables dictateurs, le chef historique des Khmers rouges — à l’origine de la mort d’au moins deux millions de Cambodgiens sur une population de huit millions — est un personnage de l’ombre, si mystérieux qu’il n’existe de lui que quelques photographies floues.
Pol Pot s’est toujours vieilli de trois ans, mais les archives françaises sont formelles: l’étudiant Saloth Sar, qui a résidé à Paris grâce à une bourse de 1949 à 1953, est bien né le 19 mai 1928, et non 1925 comme il le prétendait.
Saloth Sar — Pol Pot est un nom de guerre — est l’un des enfants d’une famille aisée d’agriculteurs de la province de Kompong Thom (centre).
Militant communiste en France, il voit sa bourse supprimée en 1953 et rentre au Cambodge où il participe à la fondation, vers 1956, du Parti communiste du Kampuchea (PCK).
En 1963, redoutant une opération de la police secrète du prince Norodom Sihanouk, Pol Pot et ses fidèles prennent le maquis. Ils trouvent refuge dans le Nord-Est, une région accidentée où Pol Pot côtoie alors des tribus locales et s’inspire du mode de vie en autarcie de ces Khmers qui ne connaissent ni l’argent, ni le bouddhisme.
Lorsqu’il prend le pouvoir en 1975, Pol Pot veut transformer le pays et y concrétiser son utopie agraire. Le cauchemar commence. Il vide les villes, abolit l’argent, la propriété privée, la religion, et instaure les exploitations collectives.
Une série d’attaques des Khmers rouges à la frontière vietnamienne pousse Hanoï à envahir le Cambodge à la fin décembre 1978. Pol Pot est chassé du pouvoir le 7 janvier 1979.
Lui et ses hommes trouvent refuge dans la région frontalière de la Thaïlande. La Chine et les Etats-Unis, qui n’acceptent pas le coup de force vietnamien, utilisent la guérilla khmère contre les troupes vietnamiennes.
Les «champs de la mort» de Pol Pot sont révélés. Le tyran devient encombrant pour Washington. Pourtant, aucune action ne sera prise contre lui: l’amère défaite infligée aux Américains par les Vietnamiens relègue le leader khmer rouge au second plan.
Avant d’imposer son régime de terreur au Cambodge, Pol Pot avait longtemps dissimulé son jeu. L’un de ses frères, Saloth Nheap, affirme qu’il ne savait pas que Saloth Sar était le «Frère No 1», le titre de Pol Pot au sein des Khmers rouges, jusqu’à ce jour de 1977 où il a découvert son visage sur une affiche dans l’atelier où il travaillait.
La plupart des Cambodgiens n’ont appris son nom qu’après son renversement par les Vietnamiens.
Le chef khmer rouge a utilisé successivement les pseudonymes de «Cambodgien authentique», «Bang Pol», «Pol Pot», puis «Lamoth».
Ces dernières années, il se faisait appeler «Frère No1» ou «Oncle No1», au sein du mouvement. Son numéro de code pour tous les commandants d’unités khmères rouges était «87», selon les rares travaux de recherches récents sur ce mouvement.


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