L’enjeu est de taille: AI(R) estime qu’il existe un marché pour plus de 5.000 nouveaux appareils dans la catégorie des avions de moins de 90 sièges jusqu’à l’an 2016, dont 3.600 pour les 40-90 sièges.
Depuis 1995, selon AI(R), le marché des avions de transport régionaux a connu une croissance moyenne de 6% par an, supérieure à celle des avions de ligne de plus de 100 places.`
Ce marché, a estimé lundi lors d’une conférence de presse Patrick Gavin, le président d’AI(R), devrait se répartir à égalité entre les avions à hélices turbopropulsés et les avions à réaction.
Toutefois, de nombreux spécialistes aéronautiques estiment que l’avenir est plus radieux pour les «jets», perçus par les passagers comme moins bruyants et plus sûrs que les avions à hélices, pourtant généralement plus économiques.
AI(R) commercialise actuellement les turboprop ATR conçus par l’Aérospatiale et l’italien Alenia ainsi que les Avro de British Aerospace.
Face à AI(R), le canadien Bombardier a joué résolument la carte des jets, en lançant en février dernier sur le créneau porteur des 70 places son Canadair Regional Jet 700. Le constructeur brésilien Embraer a adopté la même stratégie que le canadien avec quelque succès.
Conscient de la nécessité de compléter sa gamme par un appareil de ce type, AI(R) a dans ses cartons un biréacteur de 70 places: l’Airjet 70, mais dont l’avenir reste extrêmement incertain.
Le président d’AI(R) a indiqué lundi que ses trois actionnaires n’avaient pris encore aucune décision sur son lancement, au risque de voir l’appareil venir trop tard sur le marché.
Développement des
marchés régionaux
Pour l’Airjet, qui serait le premier avion développé par AI(R), un protocole d’accord avait été signé avec les Coréens, en vertu duquel ces derniers pourraient prendre une part allant jusqu’à 40% dans ce projet, dont le coût global est évalué entre 1,1 et 1,2 milliard de dollars.
Le président d’AI(R) se dit convaincu de la nécessité d’avoir dans sa gamme de produits un nouveau jet «qui réponde au développement des nouveaux marchés régionaux, et de la croissance continue du trafic de passagers».
Toutefois, ses trois actionnaires, l’Aérospatiale, Alenia, la filiale du groupe italien Finmeccanica et British Aerospace (BA L) traînent des pieds, chacun pour des motifs différents.
«Il n’y a pas au niveau des actionnaires la volonté d’entreprendre», souligne un dirigeant européen.
Le président d’Aérospatiale a fait part récemment de ses doutes sur l’avenir de l’Airjet, indiquant qu’il avait à choisir entre plusieurs priorités.
L’Aérospatiale doit en effet faire face à des nombreux défis: la fusion avec Dassault Aviation, l’évolution du statut d’Airbus et le lancement par le consortium de nouveaux appareils. Sans compter la recherche d’alliances nécessaires dans les missiles et les satellites après la défection de Dasa qui a préféré se rapprocher de Lagardère.
En outre, l’annonce il y a une quinzaine de jour par BAe de l’arrêt de la production de son turboprop J41 JetStream, commercialisé par AI(R), a signé le désengagement du britannique du marché des avions de liaisons régionales, fragilisant de ce fait AI(R). En Italie, Alenia doit pour sa part faire face aux difficultés de sa maison-mère Finmeccanica, actuellement dans la tourmente.
Privé de l’Airjet 70, l’avenir d’AI(R) pourrait ainsi se révéler compromis. Yves Michot a souligné toutefois qu’il n’était pas question pour l’Aérospatiale de sortir totalement du transport régional, le groupe devant au minimum assurer la maintenance du parc des ATR, soit quelque 600 à 700 appareils.
Le président de la Snecma, Jean-Paul Béchat, qui étudie avec Prat & Withney Canada un moteur de 14.000 livres de poussée (le SPW14) pour cet appareil, fait néanmoins preuve d’enthousiasme pour le projet. «Je pense que c’est de l’intérêt d’AI(R) de lancer cet avion. Il y a une attente du marché, il y a un besoin de déplacement de point à point entre des villes moyennes», souligne-t-il, ajoutant toutefois que la rentabilité d’un tel appareil n’intervient qu’après une douzaine d’années.


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