Depuis son indépendance en 1960, cette ancienne colonie française a connu quatre changements de régime par la force, et deux de ses présidents, Alphone Massemba-Débat et Marien Ngoubai, ont péri de mort violente.
L’établissement en 1979 par le général Denis Sassou Nguesso d’un régime inspiré du marxisme-léninisme et s’appuyant sur un parti unique, le Parti congolais du travail (PCT,) n’a pas mis fin aux violences.
Plusieurs tendances coexistant au sein de la direction du parti, M. Sassou Nguesso a dû plusieurs fois faire face, parfois brutalement, à des remises en cause de son leadership.
Parallèlement, et en application du principe du «peuple en arme», c’est sous ce régime qu’ont commencé à se manifester les premières distributions d’armes dans la population et les embryons des premières milices.
A partir de 1990, le pays s’ouvre au multipartisme, une évolution à laquelle le PCT ne tente guère de s’opposer, tandis que le président Sassou Nguesso voit le pouvoir lui échapper peu à peu.
Il le perd définitivement en 1992, battu à l’élection présidentielle par Pascal Lissouba, dont le parti venait également de l’emporter aux élections législatives.
Mais confronté à une série de frondes parlementaires, M. Lissouba dissout fin 92 le Parlement nouvellement élu, ouvrant une crise profonde dont les conséquences se prolognent jusqu’à aujourd’hui.
Nord contre Sud
L’Union panafricaine pour la démocratie sociale (UPADS) de Pascal Lissouba remporte les élections de mai et juin, mais voit aussitôt son succès contesté par l’opposition, où se retrouvent le PCT de Denis Sassou Nguesso et le Mouvement congolais pour la démocratie et le développement intégral (MCDDI) de Bernard Kolélas.
De violents affrontements se poursuivront avec plus ou moins d’intensité jusqu’en mars 1994, malgré une médiation internationale organisée en août 1993 à Libreville par le président gabonais Omar Bongo.
Ils seront marqués par l’apparition en force de milices armées aux noms évocateurs, Ninjas, Cobras, Zoulous, chaque parti disposant de la sienne et l’armée régulière se battant de façon presque exclusive pour le président Lissouba.
Les leaders politiques n’avaient que l’embarras du choix pour se procurer des armes tant au Zaïre, où les officiers non payés du régime Mobutu se tranformaient en trafiquants d’armes, et en Angola toujours en proie à la guerre civile.
En même temps, les clivages ethniques, qui ont toujours existé, se sont exacerbés. Les populations du littoral et des régions basses du fleuve Congo, le «pool», s’opposant à celles du Nord. Mais le Sud, d’où est originaire Pascal Lissouba, comme le Nord où est né Denis Sassou Nguesso, sont eux-mêmes divisés.
Lors des affrontements de la fin de 1993, plusieurs quartiers de Brazzaville ont connu une véritable «purification ethnique», avec le départ forcé de ceux qui n’appartenaient pas à l’ethnie dominante.
Un semblant de paix s’est instauré après mars 1994, mais tous les efforts pour désarmer les milices et intégrer leurs membres dans les forces de sécurité, pour constituer une armée et une gendarmerie «véritablement nationales», sont restés vains et ont au contraire provoqué plusieurs mutineries.
L’approche de l’élection présidentielle, prévue en juillet, et le retour de Denis Sassou Nguesso après un long exil en France, ont fait renaître la tension.
Après des incidents dans le Nord entre les partisans de M. Sassou Nguesso et ceux de Pascal Lissouba, il suffisait d’une étincelle pour remettre le feu aux poudres. Ce fut l’assaut lancé il y a cinq jours, sur ordre du gouvernement, contre la résidence à Brazzaville de l’ancien président Sassou Nguesso.

