Le lieutenant de vaisseau Sergueï Babtchenkov, 25 ans, et le capitaine de frégate Iouri Roukavichnikov, 35 ans, appartenaient tous deux à la Flotte du Nord basée dans la région de Mourmansk.
L’un s’est pendu le 26 mai, l’autre s’est tué deux jours plus tard avec son arme de service.
Selon l’agence, qui cite des responsables militaires locaux, les deux hommes ont chacun laissé un mot justifiant leur geste par l’impossibilité de subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs familles.
A Moscou, ni la direction de la marine de guerre, ni le parquet militaire n’ont été en mesure de confirmer ces deux incidents, également rapportés par l’agence Itar-Tass.
Selon celle-ci, les officiers de la Flotte du Nord n’ont que partiellement perçu leur solde de février et de nombreux cadres sous contrat envisagent de démissionner.
Comme le reste de la société russe, l’armée n’a pas été épargnée par les réformes économiques entreprises par le gouvernement en 1992 et souffre de graves problèmes financiers.
Ceux-ci sont encore aggravés par la corruption de certains officiers généraux.
Président de la commission de défense de la Chambre basse du Parlement, Lev Rokhline a indiqué que les arriérés de soldes et de salaires pouvaient atteindre jusqu’à 20 mois.
«J’ai eu un coup de téléphone de Volgograd (Russie centrale) m’avisant que les ouvriers d’une usine militaire ont, il y a quelques jours, failli s’emparer d’une banque pour se faire payer leurs salaires», a-t-il dit lors d’un point de presse.
Cette information n’a pu être confirmée.
Le président Boris Eltsine a reçu le premier vice-ministre de la Défense, Andreï Kokochine, avec lequel il s’est entretenu des problèmes financiers de l’armée.
Aucun détail n’a filtré de leurs entretiens. Le Kremlin s’est contenté d’indiquer, à l’issue de la rencontre, que le chef de l’Etat avait chargé son interlocuteur de lui présenter un rapport circonstancié «d’ici la semaine prochaine».
Démis de ses fonctions le mois dernier, officiellement pour ne pas avoir su mettre en œuvre les premières étapes de la réforme de l’institution militaire, le ministre de la Défense Igor Rodionov a plus d’une fois tenté d’attirer l’attention des pouvoirs publics sur l’état de délabrement de l’armée.
«Je suis ministre d’une armée en décomposition et d’une marine mourante», avait-il déclaré le 23 février dernier.
Durant les dix mois qu’il a passés à la tête du ministère de la Défense, le général Rodionov n’a eu de cesse de réclamer que le gouvernement honore ses promesses budgétaires envers une armée «arrivée à un point limite».
Dans un entretien publié par l’hebdomadaire «Moskovskie Novosti», il rappelle que l’Etat n’a alloué en 1996 que 42,3% des sommes prévues pour le paiement des soldes.
Les achats de nourriture ont été couverts à moins de 20% et ceux d’effets militaires à 1,3% seulement.
«C’est à peine si nous avons eu de quoi habiller les unités qui ont participé au défilé du 9 mai (sur la Place rouge)».
«Dans les unités les plus éloignées, on ne sait comment faire pour nourrir les soldats deux fois par jour», ajoute-t-il.
Boris Eltsine a ordonné au printemps dernier le passage à une armée de métier au début du siècle prochain. Cet ambitieux projet est toutefois compromis par le manque d’argent.
Pour Igor Rodionov, les réductions d’effectifs envisagées par le gouvernement ne peuvent être mises en œuvre si n’a pas été auparavant mis en place un programme d’aide sociale pour les officiers menacés de licenciement.

