D’origine iranienne, arrivé en France à l’âge de quatre ans (1951) avec des parents francophones et francophiles, le Pr Kamran Samii se montre modeste: «Notre équipe ainsi que d’autres essayent d’être novatrices et de former des jeunes. Nos prétentions s’arrêtent là. Il est cependant l’auteur de plusieurs nouveaux protocoles et d’un traité qui est la référence française pour la profession, sans compter une centaine d’autres publications». Le Pr Samii insiste «notre plus grande richesse sont ces Français et ces jeunes qui viennent du monde entier travailler avec nous. Nous avons eu plusieurs Libanais dans nos services et nous n’avons eu qu’à nous en féliciter. Lorsque je rencontre des jeunes aussi doués, aussi élégants dans leur façon de faire», indique ce pédagogue averti, je leur conseille d’aller remercier leurs parents et leurs professeurs. On dit qu’on reconnaît l’arbre à ses fruits. J’ai connu le fruit, je suis là pour connaître l’arbre, et c’est merveilleux, dit-il avec un sourire affectueux et malicieux à la fois...
Le chef du service d’anesthésie-réanimation de l’hôpital Kremlin-Bicêtre se veut bref mais clair. Pour lui trois grandes étapes ont marqué l’évolution de la profession.
— La grande révolution, qui se situe après la guerre, a été le développement de l’anesthésie générale qui consistait à ventiler un patient pendant qu’il dormait, c’est-à-dire à le faire respirer artificiellement. Il y avait déjà là moins de risque.
— Puis il y a eu, dans les années 70, la renaissance de l’anesthésie loco-régionale ou la possibilité d’anesthésier une partie du corps sans devoir endormir totalement le patient. Un des exemples les plus frappants de cette méthode est la péridurale pendant l’accouchement.
— Enfin, la troisième et dernière étage est celle que nous vivons aujourd’hui. «Jusque-là», souligne le Pr Samii, «l’anesthésie empêchait la douleur durant l’opération, maintenant elle s’occupe de calmer le patient après l’intervention aussi. Il est important que les gens sachent qu’il ont le droit de ne pas souffrir après l’opération et que l’anesthésie ne doit pas s’arrêter au seuil du bloc opératoire.
Conséquences à
long terme
Côté risque où en est-on aujourd’hui? «Sur ce plan», explique le Pr Samii, «il y a 50 ans, on était parti avec la peur de voir le patient ne pas se réveiller. Actuellement, la sécurité est quasi parfaite, malgré quelques accidents. Il y avait avant des malades qu’on n’osait pas opérer parce que fragiles. Maintenant il n’y a plus aucune contre-indication à condition, évidemment, de prendre les précautions nécessaires. Cela veut dire en d’autres termes, qu’on ne doit pas accepter de se faire endormir avant de rencontrer l’anesthésiste qui posera des questions sur la santé du patient, sur les médicaments qu’il prend ou qu’il a pris et sur bien d’autres détails importants qui pourraient même le dispenser parfois d’examens préalables. C’est à ce moment là que se discute également l’anesthésie totale ou régionale dans certains cas et la prise en charge de la douleur post-opératoire. A partir de là, le patient peut être tranquille».
Actuellement, ce chercheur travaille, avec ses équipes, sur cette grande nouveauté qui est de mieux évaluer les conséquences de l’anesthésie à long terme pour assurer non seulement la sécurité du patient, mais aussi son confort lorsqu’il sera rentré chez lui...
C’est la première fois que le Pr Kamran vient au Liban. Au bout de trois jours de rencontres, il note que «l’une des plus grandes richesses du Liban est son corps médical. Avoir des médecins, dit-il, «qui parlent couramment trois langues, qui sont formés dans des universités de haut niveau tant en Europe qu’aux Etats-Unis, est une richesse pour le pays. Ce mélange et cet échange entre deux systèmes est intéressant...
Le Liban est à ses yeux un pays dynamique qui a beaucoup de similitudes avec l’Iran d’hier... Il se demande si les Libanais pourraient préserver leur nature, leur environnement et leur patrimoine. «Les Français ont tué la côte, je crains que les Libanais en fassent autant», indique-t-il avant de conclure par une note bien plus positive: l’hospitalité, la joie de vivre, la convivialité libanaises lui sont allées droit au cœur. Sans anesthésie.
Maria Chakhtoura


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